Questions-réponses sur les inondations

Le risque inondation est-il de plus en plus élevé ? Quel est le lien avec le changement climatique ? Pourquoi laisser faire la crue ? Quelles mesures mettre en place pour réduire les inondations tout en maintenant la bonne santé des cours d’eau ? Tour d‘horizon...

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Les eaux vives de la rivière de la Cure sont déchaînées et débordent du lit mineur, emportant dans leur sillage la faune et la flore arrachés par le courant. Crédit : Fabien Salles / Office français de la biodiversité
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Les inondations sont le premier risque naturel en France en termes de dommages occasionnés, principalement sur les biens, et plus exceptionnellement sur les personnes.

Ces inondations sont aggravées depuis des décennies par l’aménagement du territoire.

En construisant de nouvelles routes, des centres commerciaux, des entreprises, des logements, en développant l’agriculture intensive, en déforestant ou en modifiant le tracé des cours d’eau, nous avons détruit les espaces naturels qui absorbent normalement l’eau des crues et entravé le bon fonctionnement des cours d’eau.

Crue, inondation, quelle différence ?

Lors de fortes pluies ou de la fonte des neiges, le débit de la rivière augmente fortement, plus ou moins violemment. Ce phénomène de crue, nécessaire et indispensable à la vie d’un cours d’eau, est naturel.

Quand le débit augmente à un point tel que la rivière déborde et sort de son lit mineur, c’est-à-dire de son tracé normal, c’est l’inondation. Lorsqu’il n’y a pas d’habitation ou d’activités économiques dans ces zones d’inondation … pas de soucis. Dans le cas contraire, les populations et les activités humaines deviennent vulnérables et exposées au risque.

Les inondations par débordement de cours d’eau :

  • En plaine, les inondations résultent des crues lentes, elles persistent souvent plusieurs jours
  • En zone montagneuse, les inondations résultent de crues torrentielles, voire de crues éclairs pour les épisodes méditerranéens, souvent violentes et de faible durée. Ces épisodes méditerranéens sont les plus destructeurs.

Les inondations par remontée des eaux souterraines : l’eau souterraine stockée dans les nappes phréatiques peut remonter jusqu’à la surface du sol et créer des inondations. C’est le cas par exemple pour les inondations de caves.

Les inondations par ruissellement des eaux de pluie : en secteur urbain, des quartiers peuvent être inondés par le ruissellement de surface des eaux de pluie et le refoulement des réseaux d’eau pluviale.

Le risque inondation est-il de plus en plus élevé ? D’où vient-il ?

De nombreuses zones inondables ne sont pas dangereuses pour les biens et les personnes. Le risque survient lorsque des habitations, des entreprises ou des cultures y sont implantées. Le débordement rapide des fleuves et rivières dans ces territoires peut parfois provoquer des inondations catastrophiques.
Les inondations sont ainsi le premier risque naturel en France : en France, en 2015, 17 millions d’habitants et 9 millions d’emplois se situent dans des zones inondables par débordement de cours d’eau. (source : ministère en charge de l’écologie).

Les risques liés aux inondations augmentent pour plusieurs raisons :

  • L’urbanisation : de nombreuses constructions ont été implantées en zone inondable. Les villes se densifient et les constructions s’approchent toujours plus des zones à risque. La vulnérabilité des territoires augmente ;
  • L’artificialisation des sols : le développement des infrastructures de transport, l’implantation d’entreprises, de zones commerciales, la construction d’habitations, l’assèchement de million d’hectares de zones humides pour le développement de l’agriculture intensive, la suppression des haies et la déforestation, imperméabilisent les sols. Conséquence :  en cas de forte pluie, l’eau qui tombe ne peut plus s’infiltrer dans le sol, reste à la surface et ruisselle alors rapidement vers les rivières gonflant encore leur volume. Au niveau du cours d’eau, l’eau ne peut plus se répandre et pénétrer dans les sols, elle prend de la vitesse et provoque des catastrophes sur son passage.
  • Certains aménagements des cours d’eau accélèrent l’écoulement de l’eau de la rivière.  Les crues se propagent alors plus rapidement et deviennent plus dangereuse pour les habitations ou activités situées en aval de la rivière. De telles situations peuvent arriver quand on modifie le tracé d’un cours d’eau pour le rendre plus rectiligne, le transformer en canal, ou encore quand on construit des digues ou qu’on creuse le lit de la rivière ;
  • Le manque d’entretien des lits des cours d’eau par exemple au niveau de ponts peut favoriser l’apparition de bouchon de débris qui bloque la circulation de l’eau.

L’aggravation des dégâts des inondations est-il lié aux effets du changement climatique ?

En France, l’effet du changement climatique sur les inondations n’est pas encore perceptible statistiquement.

L’aggravation des dégâts des inondations observée depuis quelques décennies a pour principale cause l’action de l’homme. : imperméabilisation des sols, construction sur des terrains en bordure de cours d’eau et non-respect des principes de précaution (zones inondables en principe non constructibles, zones rouges du plan de prévention des risques d’inondation).

En revanche, le changement climatique va accentuer les extrêmes météorologiques, avec des pluies plus importantes sur un plus faible nombre de jours. Cette augmentation de l’intensité des précipitations amplifiera les phénomènes d’inondation et risque d’accroitre les dégâts observés en zones vulnérables.

Quel est le rôle des espaces naturels dans l’atténuation des inondations ?

Quand la pluie tombe fortement, les espaces naturels comme les marais, prairies, les forêts, absorbent et stockent l’eau qui provient des écoulements en surface. Elles peuvent également réduire l’érosion des sols pouvant être dans les cas extrêmes à l’origine de coulées de boues ou de glissements de terrain notamment en montagne.

Le long d’un cours d’eau, ces zones naturelles jouent également un rôle fondamental dans la protection des biens et des personnes. Car lors d’un épisode de crue, l’eau de la rivière peut ainsi déborder, s’y répandre et y être stockée temporairement. La zone naturelle se comporte comme une éponge : elle absorbe l’eau, diminuant ainsi l’intensité de la crue, les débordements de la rivière plus en aval et les dégâts éventuels qui pourraient y être causés.

En dehors de toute construction, la rivière peut déborder où bon lui semble dans ce qu’on appelle le lit majeur.  Mais quand ces zones naturelles sont rendues imperméables par des routes, des villes, l’eau ne peut plus se répandre et pénétrer dans les sols, s’accumule en surface, prend de la vitesse et provoque des catastrophes sur son passage dont la force ne cesse de nous surprendre.

Les cours d’eau ont donc besoin d’espace pour déborder et se réguler. Le maintien ou la restauration de ces zones naturelles est donc essentiel.

Le lit majeur de la Saône permet de réduire les crues de manière significative sauf aux endroits où l’urbanisation est présente. A titre d’exemple, malgré les apports importants des affluents, le débit de pointe d’une crue cinquantennale passe de plus de 2700 m3/s à Chalon sur Saône à moins de de 2500 m3/s à l’entrée de Lyon soit une réduction de 200 000 litres d’eau / seconde.

Pourquoi laisser faire la crue ? 

La crue et les inondations sont des phénomènes naturels qui présente des effets positifs :

  • Pour l’agriculture : l’eau et les limons apportés peuvent améliorer la fertilité des sols et la production des prairies.
  • Pour l’alimentation en eau potable : la crue permet de recharger en eau les nappes phréatiques qui sont utilisées pour la production d’eau potable.
  • Pour diminuer l’intensité des crues à l’aval : laisser la rivière déborder permet souvent d’atténuer l’impact des crues en aval.  
  • Pour épargner les fondations des ponts et des digues : les cailloux, galets et sable diminuent l’intensité de la crue puisqu’ils servent à dissiper son énergie (par l’activité de transport) : la force de la crue est cassée et les fondations de ces aménagements sont épargnées.
  • Pour la biodiversité : certaines espèces animales ou végétales ont besoin des crues pour vivre. Installées sur le lit où peut déborder la crue, elles attendent cet afflux d’eau pour se nourrir, se reproduire… comme le brochet qui sort du cours d’eau pour aller pondre dans les prairies inondées.  Les crues printanières et automnales sont un signal pour la dévalaison de certains poissons migrateurs (saumons, anguilles) vers la mer et pour leur remontée vers le cours d’eau. Globalement, les milieux liés aux débordements réguliers des rivières sont riches de biodiversité.
  • Pour la pêche et la chasse : les zones régulièrement inondées sont de bonnes zones de reproduction des brochets, grenouilles, gibier d’eau.
  • Pour les paysages, l’identité locale : Certaines régions telles que le val de Saône ont une identité forte du fait de leur statut de zones inondables.

Digues, barrages, chenalisation... des protections illusoires ?

Il est légitime de vouloir protéger les populations et les biens par tous les moyens. Pourtant, les digues, les barrages ou encore la modification du tracé de la rivière sont des solutions souvent illusoires :  elles n’apportent pas de réponse complète face à des crues de grande intensité. Elles peuvent même être contreproductives. Ces solutions ont souvent des conséquences graves pour les habitations situées à l’aval et donnent un faux sentiment de sécurité.

  • Les digues sont conçues pour contenir des crues d’une certaine intensité ; elles peuvent donc être submergées lors d’une crue plus importante.
  • Elles peuvent rompre, notamment si elles ont été mal entretenues, mal surveillées ou endommagées.
  • De nombreux seuils et barrages servent à relever le niveau d’eau pour les activités humaines comme la production d’électricité... Ils n’ont aucune capacité de stockage et donc aucun effet sur les débits de crues et donc les inondations à l’aval.
  • Certains barrages ont pour objectif de réduire les pics de crue mais lorsqu’ils sont pleins, leur effet est nul.

La modification du tracé d’un cours d’eau (suppression de méandres pour créer un canal rectiligne, par exemple) et son creusement excessif peut permettre d’abaisser le niveau d’eau lors des petites crues, mais pas lors des événements exceptionnels. Et ces modifications sur le cours d’eau aggravent les pics de crue pour les habitants en aval.

Quelles mesures mettre en place pour réduire les inondations ?

Face à ces défis, il est indispensable d’avoir une réflexion sur l’ensemble du bassin versant depuis la source jusqu’au littoral, et dans une démarche solidaire entre l’amont et l’aval.
En matière d’aménagement du territoire, la priorité consiste à :

  • Conserver les zones inondables pour qu’elles puissent continuer à jouer leur rôle de tampon vis-à-vis des crues. L’urbanisation doit être limitée aux zones non inondables. Les équipements, s’ils doivent être implantés en zones inondables, doivent être conçus et gérés pour être adaptés à l’inondation.
  • Réduire l’artificialisation des sols pour favoriser l’infiltration de l’eau et réduire les vitesses d’écoulement en surface.

Quelques solutions pour ralentir l’eau avant qu’elle atteigne la rivière et limiter l’impact des crues :

  • Des parkings mieux conçus où l’eau des crues peut s’infiltrer.
  • Des fossés ou bassins en ville qui vont permettre l’infiltration de l’eau et sa rétention.
  • Implantation d’un maillage de haies pour réduire des ruissellements de surface.
  • Des plantations sur les versants et les berges des rivières pour ralentir l’écoulement de l’eau, éviter les glissements de terrain et les coulées de boue.
  • La restauration de méandres quand les rivières ont été transformées en chenal rectiligne.
  • La restauration de zones de débordement dans des espaces naturels qui s’y prêtent.
  • Délimiter un espace de bon fonctionnement du cours d’eau adapté aux enjeux humains et écologiques.

Ces solutions, dont beaucoup sont fondées sur la nature, présentent un autre avantage : aider à limiter les effets du changement climatique en cours.

Mémoire des crues, mieux anticiper grâce au passé

Nous avons tendance à oublier très rapidement les catastrophes naturelles. Comme nous déménageons plus souvent qu’autrefois, nous perdons l’histoire des lieux et le souvenir des grandes crues. Il est important de faire vivre ce souvenir, notamment pour que les nouveaux habitants prennent conscience que la rivière près de laquelle ils vivent a connu des crues importantes. Partager une culture du risque est essentiel pour mieux se préparer à affronter ces phénomènes naturels extrêmes et diminuer la vulnérabilité du territoire.

Le bon sens des anciens montre qu’auparavant on s’adaptait aux contraintes naturelles :

« La Seine maritime est un territoire très humide. Aujourd’hui, on construit des maisons avec des caves/garages souterrains, et les habitants s’étonnent d’avoir parfois 1 mètre d’eau. Les maisons de construction ancienne n’ont pas de cave ! »

« Dans le Sud, les vieilles maisons sont orientées dans le sens de l’écoulement de la rivière. Quand elle était en crue, elle pouvait traverser la maison entre la porte d’entrée et celle de derrière sans faire trop de dégâts »

« Dans la Vienne chez mes grands-parents, les prises électriques étaient positionnées à 1,20 m au-dessus du sol parce que tous les 20 ans, la Vienne y montait jusqu’à 1 mètre ».

Quel est le rôle de l’OFB en matière de prévention des inondations ?

Surveillance au Lac du Bourget en Savoie. Crédit : Nicolas Bergher / Office français de la biodiversité

Dans les territoires, les inspecteurs de l’environnement préviennent le risque de perturbation de la bonne dynamique des cours d’eau et des zones humides, cette perturbation ayant pour conséquence d’aggraver le risque d’inondation pour les habitants riverains.

Hors période de crise d’inondation, ils donnent des avis techniques sur des projets de travaux, de construction ou de restauration qui pourraient avoir des impacts sur les milieux aquatiques et la ressource en eau. Avec des questions clé : Quel est le niveau d’imperméabilisation des sols ? Les écoulements naturels de l’eau seront-ils modifiés ? Quels sont les impacts sur les zones de reproduction ou de vie de la faune et de la flore ?

Ils contrôlent ensuite sur site la bonne réalisation des travaux et aménagements réalisés.

En période de crise d’inondation, ils interviennent sur le terrain par un suivi local pour une meilleure connaissance des causes d’inondations des zones habitées, une évaluation de l’impact des crues sur le milieu naturel. Ils mettent parfois à disposition leurs équipements nautiques en soutien au service de secours.

En post-crise d’inondation, ils sont souvent sollicités pour évaluer des travaux d’urgence afin de préserver les zones d’expansion des crues et limiter les impacts préjudiciables aux espèces et habitats aquatiques.

L’OFB mène également :

  • Des actions de sensibilisation des acteurs locaux.
  • Des actions d’appui technique à la prise en compte des enjeux écologiques dans les documents locaux de planification et d’occupation des sols.
  • Des opérations de contrôle pour s’assurer du bon niveau d’entretien des cours d’eau, sans excès pour ne pas dégrader les milieux naturels et accroître la vulnérabilité des biens et des personnes (éviter de reporter les inondations sur l’autre rive, plus en amont ou plus en aval).
  • Des enquêtes de police afin de lutter contre les opérations illégales de remblaiement des cours d’eau et des zones humides qui aggravent les effets des crues.

Au niveau national, l’OFB :

  • Sensibilise sur la gestion durable de bassin versant et la gestion naturelle du risque d’inondation (via son centre de ressources « cours d’eau » et « zones humides »).
  • Promeut les bonnes pratiques de préservation et de restauration en faveur des milieux aquatiques et accompagne les acteurs des territoires dans la mise en œuvre de mesures naturelles de rétention des eaux.
  • Développe la recherche, le développement et l’innovation technique.
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