Les espèces exotiques envahissantes

Reconnues comme l’une des principales menaces sur la biodiversité, les espèces exotiques envahissantes font l’objet d’une réglementation nationale depuis 2018. L’Office français de la biodiversité a pour mission de faire connaître, prévenir, surveiller et évaluer les impacts négatifs de ces espèces.

Qu’est-ce qu’une espèce exotique envahissante ?

vignette_67_33
Berce de Perse (Heracleum persicum). Crédit photo : Krister Brandser / Tromsopalme-total
texte_p_67_33


Les espèces exotiques envahissantes (EEE) désignent certains animaux ou végétaux dont leur introduction par l’Homme, volontaire ou fortuite, sur un territoire représente une menace pour les écosystèmes.

Ces espèces exotiques envahissantes constituent une menace pour environ un tiers des espèces terrestres et contribuent à près de la moitié des extinctions connues à l’échelle mondiale.
Elles peuvent capter une part trop importante des ressources dont les espèces locales ont besoin pour survivre, modifier les milieux naturels voire être prédatrices des espèces indigènes. Par exemple, les frelons asiatiques attaquent et chassent les abeilles.

Elles menacent aussi notre santé et certaines activités économiques. Certaines sont par exemple porteuses de maladies comme le moustique tigre, vecteur des virus de la dengue et du chikungunya, ou allergisantes, comme l’ambroisie. L’agriculture peut également être affectée, à travers l’émergence de ravageurs, animaux ou insectes comme des coléoptères ou des pucerons, qui attaquent les plantes cultivées ou les récoltes stockées.
En Europe continentale, les coûts générés par la gestion et la réparation des dommages causés par les invasions biologiques ont été estimés à plus de 12,5 milliards d’euros par an.

Tous les milieux (terrestres, aquatiques et marins) et tous les territoires sont impactés par ces espèces exotiques envahissantes.
La menace est particulièrement forte dans les îles d’outre-mer qui concentrent 74 % des EEE.

Parmi elles, l’arbre Miconia calvescens fait partie des 100 espèces les plus envahissantes du monde. Surnommé « cancer vert » à Tahiti, il prolifère à une vitesse incroyable au détriment de la flore locale. Introduit en 1937 comme plante ornementale, il recouvre aujourd’hui les deux tiers de l’île.

En métropole, l’écrevisse de Louisiane, espèce introduite à la fin des années 70 à des fins commerciales, devient un réel problème. Robuste et vorace, elle migre de manière exponentielle dans les eaux douces du pays déséquilibrant au passage l’écosystème en s’attaquant aux œufs d’amphibiens, aux jeunes poissons ou en creusant des galeries et dégradant les berges.

Écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii). Crédit photo : Henri Carmié / OFB

En 2018, la règlementation française a défini une première liste de 49 espèces exotiques envahissantes. En juillet 2019, la Commission européenne a voté l'ajout de 17 nouvelles espèces envahissantes, portant le nombre d'espèces exotiques envahissantes à 66 dont 30 espèces animales et 36 espèces végétales.

Rattus rattus

Le rattus rattus est un rat noir introduit dans plusieurs îles comme à la Réunion ou dans le Pacifique. Déjà responsable de nombreuses extinctions, ce rat menace maintenant de disparition plusieurs espèces d’oiseaux.
Parvenant à coloniser avec succès tous les milieux dans lesquels ils sont introduits, ces rats sont maintenant présents sur plus de 90 % des îles.
Grâce à leur grande capacité d’adaptation à de nouveaux environnements ils s’attaquent aux oiseaux marins, mangent les œufs, les poussins et parfois même les adultes. Quand il n’y a plus d’oiseaux, ils se reportent sur d’autres espèces et menacent alors des invertébrés, des reptiles, des plantes et d’autres mammifères.

Comment lutter contre les espèces exotiques envahissantes ?

La France a mis en place au niveau national, une règlementation relative aux espèces exotiques envahissantes. Cette stratégie française est définie en lien avec ses engagements internationaux et européens.

    vignette_67_33
    Campagne d'arrachage de plantes exotiques envahissantes dans le Parc national des Calanques. Crédit photo : Philippe Richaud / LIFE16NAT/FR/000593
    texte_p_67_33

    L’Office français de la biodiversité réalise des actions de gestion sur le terrain, de contrôle (notamment auprès d’établissements détenteurs de spécimens d’EEE), de prévention, de surveillance, d’évaluation, de connaissance et de communication.

    Localement, des réseaux d’acteurs sont constitués et mènent des actions de coordination, de veille, de gestion, de formation et de sensibilisation aux EEE.

    Un centre de ressources dédié aux espèces exotiques envahissantes a vu le jour fin 2018 pour mutualiser les connaissances et accompagner les acteurs,. Véritable boîte à outils, ce dispositif collaboratif est piloté par l’Office français de la biodiversité. Il propose des informations générales et des chiffres-clés sur le sujet, ainsi que de nombreuses ressources règlementaires, techniques et scientifiques.

    Exemples d’actions menées par l’OFB ou ses établissements rattachés

    • Au niveau national, le groupe de travail « Invasions biologiques en milieux aquatiques » issu du partenariat entre l’OFB et le comité français de l'UICN met à disposition des gestionnaires et des décideurs des documents techniques, des retours d'expériences de gestion, une base d'information sur les espèces,... ainsi que de nombreuses informations régulièrement mises à jours notamment via sa lettre d'information.
    • Dans les parcs naturels marins, des suivis de populations, d’évolution du milieu et de veille environnementale sont mis en place pour identifier les signes avant-coureurs de déséquilibres écologiques.
    • Dans les parcs nationaux, plusieurs opérations d’éradications et d’éducation à l’environnement ont lieu plusieurs fois par an.
    Des plongeurs prélèvent des étoiles de mer épineuses (Acanthaster planci) sur le récif, une espèce invasive des coraux. Crédit photo : Alexandra Gigou / OFB

    Lutter contre la prolifération de l'écureuil de Pallas dans le sud de la France

    Dans les Alpes-Maritimes, des écureuils provenant d'Asie du sud-est ont été introduits par l'Homme. Ces écureuils de Pallas sont une menace pour les autres espèces comme les écureuils roux, les écosystèmes et les activités humaines. En 2012, le Museum national d'Histoire naturelle a mis en place un plan de lutte pour identifier et limiter leur présence sur le bassin méditerranéen, sur le cap d'Antibes et à Istres.

    Depuis 2018, c'est l'OFB qui mène ce programme pour mieux connaitre et comprendre cette espèce. Il s'agit également d'aller à la rencontre de la population pour lui expliquer qu'il s'agit d'une espèce nuisible à leur environnement, contrairement à l'écureuil roux, souvent populaire auprès du grand public.

    Dans cette rubrique :