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Biocenosis21, une exposition engagée sur la biodiversité

Sensibilisation

Pendant le Congrès mondial, les Espaces générations nature ont accueilli une exposition proposant 14 regards sur l’état de la biodiversité dans le monde. Rencontre avec Alice Audouin, présidente fondatrice d’Art of Change 21 et commissaire de Biocenosis21.

Alice Audouin, commissaire de l'expositions Biocenisis21. Crédits : Rémi Knaff
Alice Audouin, commissaire de l'exposition Biocenosis21. Crédits : Rémi Knaff

Pourquoi avoir créé Art of Change 21 ?

Relier l’art et l’environnement me parait tout simplement essentiel. Il n’y a pas de transition écologique sans transition culturelle. Je travaille depuis vingt ans dans le développement durable, spécialisée depuis quinze ans dans l’art contemporain en lien avec l’environnement. Dix ans après le colloque précurseur que j’ai organisé à l’UNESCO « L’artiste comme partie prenante » en 2004, j’ai créé Art of Change 21 car j’ai eu la volonté de créer une association véritablement internationale, qui couvre à la fois la mobilisation des citoyens par la créativité, mais aussi la mobilisation et la valorisation des artistes contemporains sur les enjeux écologiques. Mon objectif : faire bouger les lignes. Le monde de l’art contemporain, comme beaucoup d’autres secteurs économiques ou académiques, est pris dans des habitudes peu influencées par l’écologie, mais il désire enfin aujourd’hui « prendre le tournant ». Mon association accompagne et accélère ce tournant.

Que propose l'association sur les Espaces générations nature ?

Biocenosis21, c’est une exposition internationale sur le thème de la biodiversité que nous proposons pendant le Congrès mondial de la nature. En tant que commissaire de cette exposition, j’ai sélectionné́ dans le monde 14 artistes inspirants et engagés, qui permettent de voir, de ressentir, de comprendre autrement la biodiversité́ et ses enjeux et qui mettent en scène une relation entre humains et non-humains porteuse d'espoir. 

En biologie, biocénose, aussi appelée communauté, correspond à l’ensemble des êtres vivants (animaux, végétaux, champignons, bactéries…) établis dans un même lieu de vie et liés par une dépendance réciproque. À l’heure où la biodiversité s’effondre face à la destruction des espaces naturels, des incendies ravageurs ou encore du réchauffement climatique, Art of Change 21 active une biocénose artistique au cœur du biotope marseillais, autour des enjeux du 21ème siècle. Ensemble, les artistes font communauté pour provoquer des émotions, des échanges, des idées et de l’engagement. Chaque œuvre porte un message fort.

Je prends l’exemple de Pieta Australia d’Art Orienté Objet. Prise en Australie, cette photographie fait référence à une iconographie classique de l’histoire de l’art : la Piéta. Mais ici, l’artiste Marion Laval-Jeantet du duo remplace la figure de la Vierge pour tenir, non pas le corps de son fils, mais celui d’un kangourou accidenté, témoignant de la valeur sacrée qu’Art Orienté Objet accorde à l’animal, tandis que les automobilistes continuent, indifférents, leur trajet.

En Australie, les routes sont tracées à l’usage de l’homme, séparant fréquemment les territoires de vie des animaux des points d’eau, les kangourous y sont souvent accidentés, laissés pour compte, accusés de perturber la circulation. Le mépris y remplace le soin et l’empathie que l’humain devrait porter aux marsupiaux en voie de raréfaction.
Voici une œuvre qui porte à la fois empathie, prise de conscience, et forte symbolique artistique. 
C’est le cas de l’ensemble des œuvres présentées, en tout cas, c’est ce que j’ai cherché à faire, en tant que commissaire d’exposition. 

Biocenosis21 intègre l’éco-conception dans sa démarche. Sélection d’artistes dans une même zone géographique, groupage des transports, solutions d’impressions plus écologiques, déplacement des artistes et des équipes en train, comptent parmi les principes appliqués dans l’organisation de l’exposition, avec le conseil éclairé de l’agence Karbone, fondée par Fanny Legros, également membre d’Art of Change 21. 

Comment l'art peut permettre de sensibiliser à la protection de la biodiversité ?

Par le fond et par la forme. Autrement dit, par ses messages et ses pratiques. L’art a un formidable pouvoir d’influence et d’action. Il est même porteur de solutions. 
Jérémy Gobé, un artiste qui fait partie de l’exposition Biocenosis21, collabore avec des chercheurs pour la sauvegarde des barrières de corail. Il exprime ainsi sa position en tant qu’artiste contemporain : « être un artiste contemporain c’est être dans son époque, une époque aujourd’hui définie par la crise écologique ». 

J’ai la conviction que l’art engagé dans l’environnement est « performatif », il change le monde, il va justement s’imposer en changeant la norme et la norme va inclure l’environnement. Il va trouver sa place dans un monde nouveau qu’il aura lui-même influencé, plus écologique, plus collaboratif. 

Mon association s’attaque aujourd’hui à l’éco-conception dans l’art. Nous abordons la question de la fin de vie de l’œuvre, de son transport, la responsabilité des artistes, des galeries, des foires d’art… et sommes en train de développer des outils pour que l’impact environnemental du secteur diminue. 

Voir le site de l'exposition

Liste des artistes exposés

Marie-Sarah Adenis, Art Orienté Objet, Thijs Biersteker, Julian Charrière, Marcus Coates, Abdessamad El Montassir, John Gerrard, Jérémy Gobé, Caroline Halley des Fontaines, Camille Henrot, Janet Laurence, Lin-May Saeed, Tomás Saraceno, Michael Wang.