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Alose feinte de Méditerranée : une migration encore méconnue

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Certains animaux sont amenés à migrer pour effectuer une partie de leur cycle de vie. Ces migrations sont parfois bien visibles, comme c’est le cas par exemple des grands rassemblements d’hirondelles avant leur départ vers des pays plus chauds. Mais il existe une migration plus discrète, et tout aussi spectaculaire, qui se déroule chaque année dans des rivières du Gard : celle de l’Alose feinte de Méditerranée (Alosa agone). L’Office français de la biodiversité (OFB) est l’un des acteurs qui veille au bon déroulement de ce phénomène sur le territoire.

Un poisson amphihalin...

En ce mois d’avril, et dès que la température de l’eau atteint 12°C, le Rhône et ses affluents gardois (Gardon, Cèze) mais également le Vidourle, accueillent quelques dizaines à quelques centaines d’aloses qui viennent s’y reproduire. Ce poisson, qui a connu une phase de croissance en mer, remonte alors dans les eaux douces de nos principaux fleuves et rivières.

... qui se porte mal

A l’instar des autres poissons dits « grands migrateurs » comme l’anguille (Anguilla anguilla) ou la lamproie marine (Petromyzon marinus), l’alose feinte de Méditerranée se porte mal.

Parmi les multiples raisons du déclin de cette espèce, on peut citer les grands aménagements qui jalonnent tous les cours d’eau : les ponts, les passages busés, et autres seuils et barrages. Ces ouvrages sont susceptibles de ralentir, voire de bloquer totalement les possibilités de déplacements des individus. En outre, ils interdisent souvent l’accès aux meilleurs sites de reproduction.

Des dispositifs de franchissement piscicoles pour réduire l’impact des ouvrages

Comme le reste de la façade méditerranéenne, et à l’instar du Vidourle, le Gard compte quelques fleuves et côtiers intéressants pour l’alose, mais surtout, il offre les premiers affluents accessibles (et donc les zones de frayère) pour les aloses qui empruntent le Rhône. Les cours d’eau du Gard jouent donc un rôle essentiel pour la conservation de cette espèce.

Dans le Gard, au cours des 20 dernières années, pas moins de 11 passes à poissons ont été construites. 2020 a vu la réalisation d’une passe sur le Vidourle à Aubais et des travaux d’amélioration de la continuité écologique sont encore prévus cette année sur le Gardon (seuil de Remoulins) et sur la Cèze à Chusclan. L’amélioration de la continuité biologique, c’est-à-dire la restauration des possibilités de déplacement des espèces, notamment piscicoles, constitue un axe fondamental des politiques publiques en matière de lutte contre l’érosion de la biodiversité.

Pour autant, ces dispositifs techniques, bien qu’adaptés aux capacités de nage de ces espèces, demeurent sélectifs et ne permettent en réalité qu’à une partie de la population des poissons migrateurs de franchir les différents obstacles. De plus, il faut qu’ils soient parfaitement conçus et réalisés, mais également scrupuleusement entretenus.

Le rôle des agents de l’Office français de la biodiversité

Parce que les causes du déclin de l’alose sont plurielles, et que le rétablissement de la continuité à l’aide de dispositifs de franchissement reste un pis-aller, la bonne conception comme l’entretien régulier de ces ouvrages revêtent une importance capitale pour la conservation de l’espèce. C’est la raison pour laquelle les agents de l’Office français de la biodiversité effectuent, préalablement et durant toute la période de migration, des contrôles réguliers du bon entretien de ces dispositifs.

En outre, des avis techniques sont rendus en appui aux services du préfet pour valider le choix des dispositifs et leur bon dimensionnement aux regards de l’ensemble des contraintes à prendre en compte (considérations biologiques et écologiques de l’espèce, possibilités d’implantation sur l’ouvrage, compatibilité avec les autres usages, etc.).