La préservation des espèces migratrices amphihalines

Saumons, anguilles, esturgeons, lamproies, aloses, cabots bouche ronde, ouassous… les espèces migratrices amphihalines sont confrontés à de multiple danger durant leur cycle de vie. L’Office français de la biodiversité veille à la bonne préservation de ces espèces.

Qu’est-ce qu’une espèce migratrice amphihaline ?

Contrairement à la majorité des espèces vivant en eau douce, les espèces migratrices amphihalines effectuent une partie de leur cycle de vie en mer, et une partie en rivière.

Ces migrations plus ou moins longues se font toujours pour les mêmes raisons : les zones de reproduction et les milieux de croissance ne se trouvent pas dans les mêmes eaux.
Par exemple, le saumon ou la truite se reproduisent dans les cours d’eau et partent à la mer pour y grandir, leur cycle est dit anadrome.
Les anguilles opèrent le schéma inverse, les civelles (alevins de l’anguille) naissent en mer et finissent leur croissance en eau douce, leur cycle est alors dit catadrome

Dans les départements d’outre-mer, beaucoup d’espèces sont dites amphidrome, c’est-à-dire qu’elles se reproduisent en rivière, puis les larves migrent vers la mer où elles séjournent quelques semaines, pour ensuite revenir en rivière, toujours à l’état de larve, pour la croissance et la maturation.

Les migrateurs face aux dangers

Autrefois abondantes, les populations des espèces migratrices amphihalines sont aujourd’hui menacées. Depuis plusieurs décennies, elles subissent en effet un fort déclin et figurent sur la liste rouge en France métropolitaine de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) en tant qu’espèce « vulnérable », « en danger », ou, pour la grande alose, l’anguille européenne et l’esturgeon européen « en danger critique d’extinction ». Le saumon atlantique est lui considéré comme « quasi-menacé ».

En cause, les pressions que ces populations subissent et qui entravent le déroulement de leur cycle de vie :

  • Les aménagements sur les cours d’eau, obstacles à la migration : barrages, seuils, ponts, écluses…
  • La dégradation de la qualité de l’eau et des habitats : les aires de reproduction, de repos et d’alimentation pour ces espèces sont dégradées ou détruites par les activités humaines (activités de loisirs, pollutions, manque d’eau en amont liés aux usages de l’eau….).
  • La surpêche et le braconnage : des réseaux de braconnage et de commercialisation illicite des espèces mettent encore plus en danger les espèces concernées.
  • Le changement climatique, qui modifie les aires de répartition des espèces et les dates de migration.

Évolution de l’aire de répartition du saumon atlantique en France

 

Fin du XVIIIème siècle

Aujourd'hui

 

L’OFB et la préservation des espèces migratrices amphihalines : focus sur le saumon atlantique salmo salar

Les unités spécialisées migrateurs

L'Office français de la biodiversité compte trois unités spécialisées migrateurs (USM) en métropole : USM Loire Bretagne ; USM Adour Garonne ; USM Normandie Hauts de France. Après avoir identifié les enjeux et les objectifs régionaux, les USM sont chargées de planifier et d’organiser les opérations de contrôle sur leurs territoires respectifs pour lutter contre le braconnage et les circuits illicites de commercialisation des poissons migrateurs.

Le suivi du saumon

Chaque année, l’OFB, l’INRAE et les fédérations de pêche mettent en place des opérations de pêche électrique afin d’évaluer l’abondance des jeunes saumons, appelés tacons.

De mi-novembre à fin décembre, les agents réalisent également chaque semaine un suivi des frayères en notant les dates d’arrivée des saumons, les positions précises des frayères, leurs dimensions ainsi que le comportement des poissons reproducteurs.

Au mois de décembre des opérations de piégeages partiels de géniteurs de saumon ont lieu durant la nuit sur des individus marqués quelques mois à quelques mois ou années plus tôt afin d’estimer le nombre de géniteurs, la croissance et le taux de survie des poissons.

Pour comprendre la migration du saumon et mesurer les impacts du changement climatique sur l'espèce, une nouvelle étude a également été mise en place. Les agents de l'OFB et de l'INRAE effectuent des captures et un suivi télémétrique des saumons adultes venant tout juste de l'océan pour remonter la rivière.

La gestion de la pêche

Pour reconstituer le stock de certaines populations, il est parfois nécessaire de réduire la pêche. Des mesures efficaces de gestion de la pêche ont été mises en place pour contrôler les pêches professionnelles et de loisirs ainsi que pour lutter contre le braconnage :

  • Une pratique soumise à autorisation spécifique en eau douce et pour les professionnels en mer
  • Des prélèvements de certaines populations limités par la mise en place de quotas
  • Des actions de prévention auprès des professionnels de la pêche pour une meilleure compréhension des enjeux
  • Des contrôles pour s’assurer du respect des obligations :
    • Les pêcheurs professionnels et les mareyeurs (premiers acheteurs) sont soumis à une obligation déclarative des captures sous 48 h et à une traçabilité de leurs produits.
    • Des contrôles spécifiques sont réalisés régulièrement par les services en charge de la police de l’environnement afin d’endiguer les filières illégales de braconnage et de commercialisation…

Plus de la moitié des agents de l’OFB ont des pouvoirs de police et peuvent intervenir en qualité d’inspecteur de l’environnement. Ainsi, des équipes réalisent des contrôles réguliers auprès des pêcheurs, dont l’objectif est de dissuader et faire changer les comportements illicites.

Vers un plan national en faveur des migrateurs amphihalins

Le ministère de la Transition écologique (MTE) et le ministère de l'Agriculture et de l'alimentation (MAA) ont confié à l'Office français de la biodiversité l’élaboration d'un plan national en faveur des migrateurs amphihalins (PNMA).

L’objectif est de donner une vision globale de l’état de conservation et des pratiques de gestion de l’ensemble de ces espèces en tirant le meilleur parti des dispositifs existants de conservation (PNA esturgeon), de planification (SDAGE et documents stratégiques de façade) et de gestion (Plagepomi, plans de gestion anguille et plan d’action saumon). Ceci afin de favoriser leur synergie et mettre en place des actions complémentaires, en s’appuyant sur le lien biodiversité-milieux d’eau douce-milieux marins qu’elles illustrent.

L’élaboration de ce plan s’inscrit dans une approche de co-construction avec les administrations concernées et les parties prenantes, dans le but de son approbation à l’horizon fin 2021. L’OFB assurera la coordination de l’élaboration du plan sous l’autorité conjointe de la direction de l’Eau et de la biodiversité et de la direction des Pêches maritimes et de l’aquaculture. Le ministère des Outre-mer est également associé à ce projet.

La coopération européenne 

L’Office français de la biodiversité s'investit dans les projets européens en faveur de la préservation des poissons migrateurs

DiadES

Le projet DiadES (Diadromous fish and Ecosystem Services /  Services écosystémiques et poissons migrateurs amphihalins face au changement climatique ; Interreg Espace Atlantique) vise à améliorer la coopération transnationale afin de mieux protéger ces espèces. Doté d'un budget de 2,2 millions d'euros, ce programme qui réunit 30 partenaires français, anglais, irlandais, espagnol et portugais, sera mis en oeuvre jusqu'en 2022.

SAMARCH

Le projet SAMARCH (Salmonid Management round the Channel / Gestion des Salmonidés de la Manche ; Interreg Manche) a pour but d'apporter de nouvelles preuves scientifiques applicables à la gestion des salmonidés des deux côtés de la Manche. Cette initiative prévue jusqu'en 2022, réunit 10 partenaires français et anglais et dispose d'un budget de 7,8 millions d'euros.

SUDOANG

Le projet SUDOANG (Interreg SUDOE) doit fournir aux gestionnaires des outils et des méthodes communes contribuant à la conservation de l’anguille européenne et de son habitat dans la région SUDOE. Ce projet rassemble 9 partenaires français, espagnol et portugais jusqu’en 2021 pour un budget de 1,6 millions d’euros.

L’année internationale du saumon

2019 a été le lancement de l'année internationale du saumon qui a pour but de rassembler l’ensemble des partenaires impliqués dans la gestion des milieux aquatiques pour mettre en commun et développer les connaissances sur cette espèce mais également de sensibiliser l'ensemble de la société à la conservation et la restauration des saumons et de leurs habitats.
Les activités de sensibilisation et de recherche se poursuivent jusqu'en 2022.