Concevoir des suivis de la biodiversité : un appui méthodologique et statistique à destination des gestionnaires d’aires protégées
La préservation de la biodiversité requiert au préalable des connaissances précises de son état de conservation. Les gestionnaires d’aires protégées ont ainsi pour mission de développer la connaissance de la biodiversité, d’assurer un suivi scientifique au regard des changements globaux, et d’évaluer l’efficacité des mesures de gestion mises en œuvre pour préserver ces patrimoines naturels. Les éléments méthodologiques et techniques développés sur près de 30 sujets distincts sont ici mis à disposition.
Durée du projet : débuté en 2018
Porteur(s) du projet : l'Office français de la biodiversité (OFB) et le Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (UMR 5175 Cefe)
Dernière mise à jour : 17 octobre 2025
Une coopération pour développer les compétences en suivis scientifiques
L'OFB et le Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe) ont mis en place en 2018 une coopération visant à :
- fournir un appui méthodologique et statistique pour la conception et la mise en œuvre d’opérations scientifiques : inventaires, suivis, etc.,
- permettre un transfert continu de compétences, de savoirs et de méthodes à l'ensemble des gestionnaires d’espaces naturels.
Initié au profit des parcs nationaux, ce programme est ouvert depuis 2020 aux autres réseaux d’aires protégées françaises : parcs naturels marins, réserves naturelles, parcs naturels régionaux, espaces naturels sensibles, sites acquis par les conservatoires d'espaces naturels, Natura 2000, etc.
Pour cela, quatre appels à sujets ont été lancés à intervalles réguliers. Cette coopération est également inscrite dans le premier plan d’actions national de la Stratégie nationale pour les aires protégées 2030.
Au 1er janvier 2025, près de 30 sujets ont été accompagnés / sont en cours d’accompagnement dans le cadre de cette coopération.
Parc national du Mercantour (A. Jailloux / OFB)
Un besoin des gestionnaires d’aires protégées face à des questions de méthode
Depuis plusieurs années, les gestionnaires ont identifié le besoin de se rapprocher des statisticiens pour favoriser l'émergence de personnes ressources à l’interface entre les biostatistiques et l'écologie. Ce rapprochement est particulièrement important pour développer des opérations scientifiques telles que des suivis d’espèces animales et végétales. Plusieurs problèmes méthodologiques peuvent en effet survenir lors de la mise en place de tels suivis :
- des échelles spatiales d’étude souvent trop réduites pour comprendre les phénomènes en cours et/ou des méthodologies de collecte de données hétérogènes entre espaces protégés,
- un manque de hiérarchisation des suivis qui peut générer une surcharge de travail pour le personnel en charge de la collecte des données et des difficultés à maintenir des relevés de terrain de qualité,
- une recherche d’exhaustivité, au détriment d’une « stratégie d’échantillonnage » qui permettrait d’optimiser la collecte de données et réduire ainsi les efforts de terrain,
- des estimations de paramètres biaisés par le fait que la détection des espèces et des individus n’est pas constante dans le temps ou dans l’espace.
- Gestionnaires d’aires protégées
Chaque sujet étudié dans le cadre de la coopération fait l’objet d’un rapport détaillant les choix méthodologiques et techniques retenus pour concevoir le protocole de l’opération scientifique.
Chaque protocole conçu doit permettre de répondre à une ou plusieurs questions posées par un gestionnaire ou un collectif de gestionnaires. Ces rapports incluent notamment les éléments suivants :
- contexte sur le sujet étudié, (re)formulation de(s) question(s) posée(s), choix méthodologiques,
- stratégie d’échantillonnage, techniques de collecte de données sur le terrain et moyens nécessaires,
- analyse des données, références bibliographiques, transférabilité du protocole, etc.
Ces protocoles peuvent faire l’objet de modifications au cours du temps (évolution des questions et/ou de l’échelle de l’étude, nouvelles techniques de relevés, méthodes d’analyses, etc.).
Depuis 2018, près de 30 sujets ont été traités ou sont en cours de traitement dans le cadre de cette coopération.
Un nouvel appel à sujets est lancé en janvier 2026
Il permettra de sélectionner 3 nouveaux sujets, initiés à partir du second semestre 2025. Ces nouveaux sujets proposés par les aires protégées devront s’intéresser à l'un de ces sujets :
- efficacité d’opérations de gestion / de restauration en aires protégées,
- identification et/ou la quantification de l’impact de pressions liées aux activités humaines sur la biodiversité en aires protégées.
Déroulement de l’accompagnement
Il est le suivant pour chaque sujet :
- définition précise de la question à laquelle l’opération scientifique devra répondre,
- synthèse bibliographique sur les espèces et/ou habitats et sur les méthodologies existantes pour traiter la problématique,
- déplacements sur le terrain, rencontres avec les services scientifiques, les chargés de mission ainsi que les agents de terrain pour bien clarifier les objectifs, prendre conscience du terrain et des difficultés potentielles,
- consultation d’experts (en interne aux aires protégées mais aussi chercheurs, associations, bureaux d’études, etc.) sur les espèces et/ou les milieux concernés,
- pré-analyse de données existantes le cas échéant, puis réalisation de tests de puissance à partir de données issues de pré-études,
- communication auprès des différents parcs nationaux et autres aires protégées tout au long des étapes,
- idéalement, publication d’articles dans des revues scientifiques à comité de lecture. Les publications peuvent mettre en avant les résultats issus des pré-études, ceux obtenus à l’issue de la conduite du protocole ou les aspects méthodologiques développés dans le cadre de l’accompagnement.
L’OFB et le Cefe testent par ailleurs de nouvelles modalités de valorisation des travaux engagés, par exemple la rédaction de synthèses vulgarisées de 3/4 pages ou encore un webinaire de restitution pour certains sujets traités.
Des résultats disponibles ou en cours
Pour connaître précisément les états de conservation, il est essentiel de mettre en place des suivis de distribution et d’abondance d’espèces ou encore d’utiliser des indicateurs d’état de conservation des habitats. Il est également important de bien identifier et quantifier les effets des nombreuses pressions (réchauffement climatique, changements d’usage des terres, perturbations, etc.) qui pèsent sur la biodiversité avant d’engager des mesures de conservation permettant d’enrayer son déclin, telles que des actions de restauration.
Évaluer l’état de conservation de la biodiversité dans un espace naturel
De nombreuses espèces ou habitats ont des états de conservation préoccupants à l’échelle nationale ou régionale. Les espaces naturels protégés qui les abritent ont bien souvent une forte responsabilité pour leur protection. Leur statut de conservation doit être régulièrement réévalué, afin de les inscrire si nécessaire dans les listes correspondantes et d’engager des mesures de gestion et de conservation adaptées. Comment ?
- Les listes rouges des espèces menacées de l’UICN s’appuient notamment sur deux critères : les changements de distribution et d’abondance des espèces concernées.
- Tandis que pour les listes d’habitats prioritaires, l’état de conservation des habitats est souvent abordé à travers le suivi d’indicateurs (espèces ou communautés d’espèces par exemple).
De nombreuses données d’observation de la faune et de la flore sont collectées de manière « opportuniste » (sans protocole dédié) depuis plusieurs années dans les espaces naturels protégés.
Les cartes de distribution produites à partir de ces données font apparaître des concentrations d’espèces dans les zones les plus fréquentées par les observateurs alors que d’autres secteurs sont vides d’observations. Ce déséquilibre est particulièrement marqué en montagne où les accès sont contraints par le relief et la présence de sentiers.
Conscients de ce biais, plusieurs gestionnaires d’aires protégées ont souhaité s’engager dans une stratégie d’acquisition de données de manière plus systématique et standardisée pour suivre les tendances de l'occupation et/ou de l'abondance d'espèces à enjeux. Cela nécessite bien souvent une connaissance préalable de la détectabilité des espèces et taxons à suivre.
Dans le cas d’espèces rares et cryptiques, il est essentiel d’optimiser les chances de détecter les individus selon leurs rythmes d’activité et leur occupation de l’espace.
L'Eulepte d’Europe (Euleptes europaea) est un gecko méditerranéen dont la distribution française est restreinte et morcelée en de multiples populations isolées. Il fait face à des menaces multiples : progression de la couverture forestière, introduction d’espèces exotiques envahissantes (autres geckos, rats…), travaux de réhabilitation de bâtiments, etc.
Les individus sont difficiles à observer en raison de leur petite taille, de leur mimétisme et de leur activité exclusivement nocturne. En journée, ils trouvent abri dans les fissures rocheuses où ils sont parfois visibles. Il est donc important de bien caractériser l'impact de la détection sur les connaissances de la distribution de cette espèce.
Une étude-pilote basée sur des prospections réalisées de jour et de nuit a été menée en 2018 sur les îles du Frioul et de Porquerolles. Les résultats ont permis de proposer un protocole étendu aux autres îles et îlots des deux parcs nationaux afin de suivre des changements d'occupation de l'espace par cette espèce sur le moyen-long terme.
Eulepte d’Europe (Thibaut Couturier, Cefe)
Le Pic de la Guadeloupe (Melanerpes herminieri) est le seul pic sédentaire des Petites Antilles et l’unique oiseau endémique de la Guadeloupe. Il est classé « quasi-menacé » selon l’UICN France. Pour réévaluer régulièrement son statut, il est important de s’appuyer sur des estimations de tendances d’abondances les plus précises possibles.
Un protocole basé sur des parcours de transects dans différents milieux parcourus à pied a été initié en 2009 sur l’emprise du PN de la Guadeloupe. La collecte des données est assurée chaque année par les agents du parc national, avec un temps dédié important. Cependant, les données collectées jusqu’à présent n’ont été que très peu analysées et l’établissement s’interroge sur la capacité du protocole à répondre aux questions posées.
Pour évaluer le protocole, il semblait dans un premier temps primordial d’analyser les données historiques collectées. Pour cela, nous avons utilisé des méthodes récentes (N-mixture dynamique). Les résultats doivent permettre d’orienter les décisions du PN quant à la poursuite du protocole et son éventuelle évolution, ou sur son abandon.
Rapport d’analyse disponible sur demande.
Pic de la Guadeloupe (M. Dumoulin)
Le Crabier blanc (Ardeola idae) est une espèce d'Ardéidé classée « en danger d’extinction » à l’échelle mondiale. La population nicheuse française, composée de plusieurs dizaines de couples sur Mayotte, fait l’objet d’un Plan national d’action.
Le Parc naturel marin (PNM) de Mayotte souhaite mettre en place un indicateur des tendances de la population nicheuse de l’île qui soit le plus précis possible et obtenu à un coût raisonnable. Depuis quelques années, les effectifs sur les colonies sont estimés par photo-interprétation de clichés réalisés par drone une fois par mois tout au long de la période de reproduction. L’utilisation de ces techniques offre de nombreuses possibilités pour répondre à cette question compte-tenu de l’inaccessibilité des nids à l’observation par voie pédestre. Ces suivis des colonies nicheuses sont assurés par le GEPOMAY, association ornithologique locale.
En 2019, une étude pilote a permis de caractériser les variations d’abondance (comptages) des adultes, juvéniles et nids au cours de la journée et au sein de la saison de reproduction. L’utilisation de méthodes de Capture-Recapture à partir de clichés obtenus par drones permet d’estimer les abondances des nids malgré leur détection non-exhaustive. Les résultats produits fournissent les éléments nécessaires pour estimer des tendances des effectifs de populations de crabiers avec un bon degré de précision.
Vue sur la colonie de crabiers blancs depuis un drône (PNM de Mayotte)
- Suivi des tendances des effectifs nicheurs de Crabier blanc Ardeola idae par survol en drone des colonies de reproduction de Mayotte. Rapport méthodologique, protocole version 1. Coopération OFB-Cefe. 2022, 52p. (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- Airborne imagery does not preclude detectability issues in estimating bird colony size. Sci Rep 14, 3673 (2024). (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
Bon nombre d’espèces de chiroptères font l’objet de dénombrements en hiver dans leurs cavités d’hibernation (grottes, souterrains, ponts...). Certains sites accueillent parfois des effectifs très élevés, ce qui leur confère un enjeu de conservation fort justifiant un suivi régulier, bien souvent réalisé par des bénévoles naturalistes. Une multitude de cavités dispersées peuvent également accueillir certaines espèces en moins grands effectifs, mais pourraient toutefois jouer un rôle non négligeable dans le maintien de populations de ces espèces. Par ailleurs ce système est dynamique et les effectifs dans les cavités peuvent parfois évoluer fortement en quelques années.
La région Bourgogne a une forte responsabilité en termes de conservation des Chiroptères, avec plus de 15000 individus recensés en période hivernale pour quatre espèces de l’annexe II de la Directive habitats : Grand murin (Myotis myotis), Murin à oreilles échancrées (Myotis emarginatus), Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) et Petit rhinolophe (Rhinolophus hipposideros). Le grand nombre de sites d’hibernation connus et la découverte continue de nouveaux sites ne permet pas de maintenir des comptages sur l’ensemble de ces sites chaque année. Ceci conduit les observateurs à choisir arbitrairement les sites à suivre. Cependant l’exploitation statistique des données ainsi collectées sans plan d’échantillonnage formalisé pour estimer des tendances de population est difficile, voire impossible.
La Société d’histoire naturelle d’Autun coordonne ces suivis depuis plus de 20 ans, suivis qui sont réalisés par un réseau de bénévoles (Groupe Chiroptères Bourgogne). Elle souhaite donc développer et mettre en œuvre un protocole reposant sur un plan d’échantillonnage rigoureux permettant d’estimer ces tendances à l’échelle régionale. Pour cela, nous avons testé plusieurs plans d’échantillonnage spatiaux et temporels et avons comparé la précision et le biais des taux de croissance des effectifs estimés afin de fournir des recommandations sur plan d’échantillonnage à déployer dans le futur, qui soit compatible avec les ressources humaines disponibles.
Petit rhinolophe (L. Jouve)
À paraître
Depuis 2012, le réseau FloraCat réunit botanistes et gestionnaires d’espaces naturels des Pyrénées-Orientales et d’Ariège, de Catalogne et d’Andorre dans l’objectif de mettre en place des suivis communs de 10 espèces floristiques d’intérêt majeur pour l’Est des Pyrénées (espèces en limite d’aire de répartition, ou encore endémiques).
La Dauphinelle des montagnes (Delphinium montanum) est une renonculacée endémique de l’Est des Pyrénées connue sur un nombre de localités faible sur milieux d’éboulis plus ou moins stables de haute montagne. Elle a été classée vulnérable dans plusieurs évaluations régionales. Il est donc important d’estimer les tendances des effectifs de cette espèce afin de réévaluer régulièrement son statut.
Une étude-pilote lancée au cours de l’été 2021 a permis :
- de mieux caractériser l’hétérogénéité spatiale de l’occupation de l’espèce au sein de certaines populations,
- d’estimer la probabilité de détection des individus et d’identifier les variables qui peuvent l’affecter.
Les données collectées permettent de proposer un plan d’échantillonnage (spatial et temporel) adapté pour estimer les tendances des effectifs à moyen-long terme. L’état initial de ce suivi a été lancé sur la réserve naturelle nationale d’Eyne en août 2024.
Rapport à paraître en 2025
Dauphinelle des montagnes (Thibaut Couturier, Cefe)
Le Glaïeul des marais (Gladiolus palustris) est une espèce « vulnérable » en région Rhône-Alpes, suivie depuis plusieurs années par Asters (CEN Haute-Savoie).
Une étude-pilote conduite en 2021 sur une population a permis de mieux caractériser :
- les biais relatifs à la détection des individus en lien avec l’avancée de la saison de floraison
- et l’hétérogénéité spatiale des abondances en individus.
L’analyse des données collectées a permis d’élaborer un plan d’échantillonnage permettant d’estimer les tendances des effectifs des populations à moyen-long terme. L’état initial de ce suivi a été lancé sur plusieurs stations de présence de l’espèce en Haute-Savoie en Juin 2024.
Rapport à paraître en 2025
Le Glaïeul des marais (T. Couturier, Cefe)
Le Bouquetin des Alpes (Capra ibex) est une espèce emblématique du patrimoine alpin. Chassée comme gibier, l'espèce était au bord de l'extinction à la fin du 19e siècle. Les réintroductions successives sur l'arc alpin ont permis d'améliorer son état de conservation. Cette restauration est un succès sans précédent en biologie de la conservation et sert de modèle de réussite dans les démarches de restauration de la biodiversité. Cependant, l’espèce souffre d’un appauvrissement de son patrimoine génétique compte-tenu du fort morcellement historique des populations, ayant entraîné un « goulot d’étranglement génétique ». Cette baisse conséquente de la diversité génétique peut influencer la capacité des populations à résister aux maladies et à s'adapter à de nouvelles contraintes environnementales telles que des changements climatiques.
Les parcs nationaux alpins souhaitent mettre en place un plan d’échantillonnage pour collecter des données en présence-absence de l’espèce afin de modéliser son aire d’occurrence actuelle. La répétition de ce protocole à long-terme permettra de suivre les dynamiques de colonisation-extinction de l’espace par les populations, en lien avec les changements globaux. Un protocole conçu avec les trois parcs nationaux alpins a été testé en 2022 sur le Parc national du Mercantour. Les résultats de cette pré-étude permettent de fournir des recommandations pour le futur plan d’échantillonnage à déployer.
Production en cours de définition
Bouquetins des Alpes (Laurent Malthieux)
L’Agrion orné (Coenagrion ornatum) est une libellule (demoiselle) qui occupe des petits ruisseaux faiblement courants et des sources suintantes dans des prairies pâturées en contexte bocager, principalement en Bourgogne. Elle dépend ainsi de pratiques agricoles extensives qui ont tendance à disparaître au profit de cultures intensives. Le changement climatique et les sécheresses printanières et estivales pourraient également impacter l’espèce. Elle est aujourd’hui considérée comme quasi-menacé à l’échelle européenne et française.
L’objectif de cette étude est de mettre en place un suivi des tendances de l’occupation spatiale et des effectifs d’Agrion orné à l’échelle de son aire de distribution française. On suspecte d’importants biais de détection compte-tenu de la discrétion de l’espèce et de sa courte durée de vol. Une étude-pilote a été lancée en 2023 afin d’estimer ces biais. Les résultats permettront de calibrer le futur plan d’échantillonnage temporel et spatial.
Rapport à paraître en 2025
Le Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus) est une espèce classée vulnérable sur la liste rouge de la flore française. Cette orchidée est emblématique des milieux montagnards à submontagnards. Toutefois, certaines populations sont présentes en plaine, entre 300 et 500m d’altitude. C’est notamment le cas sur le plateau de Langres, qui abrite les derniers bastions de population de plaine pour l’espèce. Cette situation a constitué un argument fort pour la création du Parc national de forêts. Les populations de ces secteurs, en limite d’aire occidentale de l’espèce, pourraient être fortement menacées par le changement climatique. La fermeture des milieux constitue une autre menace potentielle.
Sur l’emprise du Parc national de Forêts, des stations à Sabots sont suivies depuis une trentaine d’années par l’ONF, le CEN, le CBN, par des bénévoles, et depuis récemment par les agents du Parc national. Toutefois les protocoles déployés diffèrent entre structures, ce qui empêche toute généralisation des tendances à l’échelle du Parc national. Par ailleurs, certaines sources de biais, telles que la détection non exhaustive des individus, ne sont pas contrôlées.
L’objectif de cette étude est de mettre en place un suivi des tendances des effectifs de Sabots de Vénus harmonisé à l’échelle du Parc national de forêts et sur certaines populations limitrophes. Pour y parvenir, nous nous appuyons sur un diagnostic sur les différents protocoles déployés antérieurement et sur les résultats d’une étude-pilote réalisée en 2024. Cette étude avait pour objectifs d’estimer les biais de détection des individus, en lien avec la phénologie de l’espèce.
Rapport à paraître en 2025
Les Lépidoptères diurnes sont de bons indicateurs de la qualité des habitats en raison de la grande diversité des espèces, de leurs exigences écologiques variées et de leur cycle de vie court. Ils sont par ailleurs très sensibles au réchauffement climatique, à l’intensification des pratiques agricoles et à la fragmentation des habitats. Il est donc important de suivre les tendances de ce groupe taxonomique à l’échelle nationale. Les gestionnaires d’aires protégées souhaitent, quant à eux, estimer les tendances locales, en lien avec les mesures de gestion mises en place. Pour répondre à ces deux questions différentes, deux protocoles ont été déployés en France : le suivi temporel des Rhopalocères de France (STERF) initié en 2006, inspiré du « Butterfly Monitoring Scheme » européen ; et le protocole « RNF » initié en 1994 par les Réserves naturelles de France. Cependant, ce second protocole mobilise un effort de terrain très important, difficilement compatibles avec les moyens humains disponibles dans les espaces protégés.
L’objectif de cette étude est de déployer un nouveau protocole, qui pourrait s’intituler « STERF gestionnaires ». Ce protocole devra répondre prioritairement à la question des tendances locales des Rhopalocères diurnes, et idéalement pouvoir alimenter les bases de données nationales (STERF « généraliste »). Les données collectées via le protocole « RNF » seront utilisées pour étudier les variations spatiales (différentes régions bioclimatiques et altitudes) et temporelles (phénologie, tendances inter-annuelles) des effectifs de rhopalocères. Ces analyses permettront ensuite de calibrer le plan d’échantillonnage temporel et spatial pour la mise en place du nouveau protocole STERF gestionnaires.
Rapport à paraître au second trimestre 2025
Les herbiers aquatiques ont un rôle écologique important dans des lacs de montagne. Les lacs Vosgiens abritent notamment les derniers herbiers à Isoètes de la région Grand Est, ainsi que d’autres espèces caractéristiques des milieux froids. Ces herbiers sont fortement liés au climat montagnard. Leur développement pourrait donc être impacté par le changement climatique. L’amplification du tourisme exerce également une pression sur ces herbiers, notamment par le piétinement des espèces lors des activités de baignade.
L’objectif de cette étude est de suivre la distribution et le recouvrement des herbiers aquatiques sur les pourtours des lacs Vosgiens. Une étude-pilote, menée en 2023, a permis de tester un protocole permettant d’estimer les variations d’occupation spatiale de plusieurs espèces composant les herbiers aquatiques sur plusieurs secteurs des lacs de Retournemer et Longemer. En complément, un test de cartographie des zones de présence des herbiers à partir de données satellitaires sentinel-2 est en cours. De nouvelles données de présence d’herbiers ont été collectées l’été 2024 sur le lac de Gérardmer. Les résultats de ces deux approches permettront de calibrer le futur plan d’échantillonnage temporel et spatial à l’échelle des lacs Vosgiens.
Rapport à paraître au second trimestre 2025
Isoetes lacustris, lac de Gérardmer en 2004 (Thibaut Hingray, CEN Lorraine)
Certaines espèces peuvent être qualifiées d’indicatrices de la qualité de l’environnement et de son évolution au cours du temps. Cependant, l’identification de ces espèces peut s’avérer complexe, notamment pour les taxons qui comprennent plusieurs centaines voire milliers d’espèces et différents niveaux de rareté. Le réseau français des aires protégées offre une grande variété de milieux permettant d’établir le lien entre espèces et variables biotiques ou abiotiques. Ce sont donc des territoires particulièrement adaptés pour l’identification/la définition de ces espèces indicatrices.
À paraître
Les syrphes utilisent quasiment tous les compartiments des écosystèmes et possèdent des relations trophiques variées. Le protocole Syrph The Net utilise ces diptères comme bio-indicateurs pour évaluer l’intégrité écologique d’habitats ou de sites (complexes d’habitats). Ce protocole est déployé en France sur 83 sites gérés par plus de 35 organismes (Réserves naturelles, CEN, ENS, etc.).
Le protocole consiste à inventorier l’ensemble des espèces de la communauté d’un site, piégées au moyen de tentes Malaise. La liste d’espèces observées est ensuite comparée à une liste d’espèces « attendues » dépendant de la localité du site et des habitats présents. Les espèces « manquantes » permettent alors de poser des diagnostics afin d’identifier les compartiments ou processus de l’écosystème faisant défaut.
Aujourd’hui, les difficultés portent sur la capacité à quantifier le niveau de complétude des inventaires et à identifier les paramètres qui pourraient influencer ce niveau de complétude (traits de vie des espèces, habitat…). Pour répondre à ces premières questions, les données collectées sur les réserves ayant appliqué le protocole Syrph the Net ont été analysées. Les résultats doivent permettre de fournir des recommandations pour optimiser l’effort d’échantillonnage.
Production en cours de définition
Anasimiya lineata, une espèce de Syrphidae (Colette Seignez)
Certaines espèces de macrolichens pourraient être de bons indicateurs du niveau d’ancienneté et/ou de maturité des peuplements forestiers. Le Parc national des Cévennes (PNC) souhaite mettre en place une étude visant à établir la liste de ces espèces indicatrices dans les forêts domaniales situées en zone cœur du PNC. Une telle liste permettrait de proposer des plans de gestion forestiers adaptés au maintien d’une continuité écologique de ces forêts anciennes et/ou matures. Toutefois, une fraction importante des lichens est difficile à détecter. On peut ainsi suspecter que certaines espèces soient ratées ; le temps nécessaire pour capter l’ensemble du cortège d’espèces présentes sur une unité définie peut alors être considérable. Il dépend notamment du nombre d’arbres échantillonnés par unité et de l’expérience des observateurs.
Une étude-pilote conduite entre 2021 et 2024 a consisté à réaliser des relevés des macrolichens par plusieurs observateurs sur des placettes composées de différentes essences forestières. Les observateurs relevaient également sur ces placettes des variables liées au degré de maturité et d’ancienneté des peuplements. L’analyse de ces données permettra de calibrer l’effort à investir pour s’assurer de détecter les espèces de macrolichens d’intérêt.
Rapport à paraître en 2025
Lichen Degelia plumbea (Thibaut Couturier, Cefe)
Depuis le début du XXe siècle, 50 à 75% des pelouses sèches auraient disparu en France. Ces habitats d’intérêt prioritaire au niveau européen nécessitent une évaluation de leur état de conservation. Cette évaluation repose essentiellement sur des approches floristiques, notamment phytosociologiques. La structure de la végétation, mais aussi l’entomofaune associée, sont encore peu pris en compte lors de cette évaluation. Les araignées pourraient être de bons indicateurs de l’état de conservation de ces pelouses sèches en raison de la grande diversité d’espèces et de leur absence de spécialisation à certaines plantes hôtes (contrairement aux papillons). Par ailleurs, la détermination des espèces peut s’appuyer sur la disponibilité d’une communauté d’experts au niveau national.
L’objectif de cette étude est de mesurer les effets de la structure de végétation (notamment le recouvrement en brachypode et en ligneux) sur les communautés d’araignées en pelouses calcicoles. Ce travail permettra ainsi d’identifier certaines espèces et certaines variables environnementales à considérer lors de l’évaluation de l’état de conservation de ces habitats. Pour parvenir à ces objectifs, nous nous appuyons sur l’analyse d’un premier jeu de données collecté en 2021, complété par une étude-pilote menée en 2023 à l’échelle de cinq sites gérés par le CEN Hdf.
Rapport à paraître au second trimestre 2025
Identifier et quantifier les pressions
Au niveau mondial, le rythme d’extinction des espèces animales et végétales et la dégradation des écosystèmes sont supérieurs au rythme naturel et devraient encore s’accélérer dans les prochaines années, sous la pression de plusieurs changements globaux.
Dans l’Hexagone, en Corse et en Outre-mer, les espaces naturels protégés sont particulièrement concernés, à différents degrés, par le réchauffement climatique, les changements d’usage des terres et mutations agricoles, l’augmentation des incendies, les risques de pollution...
De nombreux travaux scientifiques prédisent que le réchauffement climatique a, et aura, des impacts majeurs sur la biodiversité. Selon leurs capacités d’adaptation, les espèces animales et végétales ont des réponses très différentes. Les aires protégées, de par leurs contextes géographiques, climatiques et géomorphologiques variés, sont des espaces privilégiés pour étudier ce phénomène. C’est particulièrement le cas sur certains reliefs où l’on retrouve des espèces reliques glaciaires, les plus sensibles à une hausse des températures.
Particulièrement concernées, les changements de populations d’insectes pourraient quant à eux avoir des répercussions plus larges sur les écosystèmes en raison de leur rôle dans la chaine trophique. Etudier les aires de distribution actuelles des espèces et de communautés et prédire leurs changements face au réchauffement climatique sont des étapes nécessaires pour proposer des mesures de gestion adaptées.
Le cycle de vie des libellules est intimement lié à la présence et à la qualité de l’eau, indispensables pour le développement de leurs larves et leur métamorphose en adultes (imagos). Certaines espèces ubiquistes peuvent exploiter une grande diversité de milieux aquatiques. D’autres au contraire sont spécialisées dans l’occupation de certains milieux. C’est notamment le cas des espèces tyrphobiontes, c’est-à-dire inféodées aux tourbières, milieux en forte régression en France. Ces milieux sont de plus très vulnérables aux changements globaux, tel que le réchauffement climatique. Le devenir des espèces qu’ils abritent est donc incertain.
Les tourbières vosgiennes, encore nombreuses, accueillent de nombreuses espèces de libellules tyrphobiontes. Ces sites sont en majorité protégés par le statut de RNN ou Natura 2000, ou par le CEN Lorraine et l’ONF.
La présence d’exuvies sur un site (mues laissées par les larves de libellules) fournit une preuve certaine de la reproduction d’une espèce, en plus de la capture et de l’observation des adultes. Les stades larvaires sont par ailleurs étroitement dépendants des conditions de vie aquatiques : température de l’eau et de l’air, période de gel, nourriture disponible, etc. Des changements de ces paramètres à long terme pourraient ainsi avoir des impacts forts sur l’occupation des tourbières par les espèces de libellules les plus sensibles.
L’objectif de cette étude est de développer un protocole permettant de suivre la distribution des libellules tyrphobiontes à partir de la recherche d’exuvies et d’identifier éventuellement les facteurs de déclin des espèces. Sur la base des résultats issus d’une étude-pilote en 2021, un état-zéro de l’état d’occupation de différentes espèces de libellules a été mis en place en 2022 et 2023 au sein d’habitats tourbeux de trois réserves naturelles. Ce protocole pourra être répliqué à fréquence régulière pour mesurer les changements de distribution à long-terme.
Exuvies de Leucorhinia dubia (JC Ragué)
L’Apollon (Parnassius apollo) exige des espaces ouverts, pelouses ou éboulis ensoleillés entre 600 à 2 500 mètres d’altitude. Ce papillon a vu ses populations françaises régresser, voire disparaître sur certaines parties du territoire national ces dernières décennies, potentiellement en raison des changements climatiques. L’évolution des pratiques pastorales pourrait également expliquer une partie de ce déclin, notamment sur les causses méridionaux.
Un protocole de dénombrement de chenilles sur les dalles à orpin dans le Parc national des Cévennes permet de renseigner les changements de répartition de cette espèce sur le long terme et à en identifier les causes. Certaines mesures pour maintenir les populations relictuelles pourraient être encouragées.
Chenille d’Apollon sur une dalle à orpin (T. Couturier, Cefe)
Authentique espèce artico-alpine, le Lièvre variable (Lepus timidus) vit dans les Alpes en populations reliques isolées en moyenne et haute altitude. Son aire de distribution devrait se contracter avec l’élévation des températures, isolant davantage les populations. Les populations de basse à moyenne altitude pourraient ainsi disparaître dans les prochaines décennies.
Le Lièvre européen (Lepus europaeus) pourrait quant à lui profiter de l’augmentation des températures et étendre son aire de distribution plus en altitude, entrainant des phénomènes de compétition ou d’hybridation avec le lièvre variable.
Le lièvre variable est difficile à observer : nocturne, discret, il se fond dans le milieu avec son pelage. Le développement des techniques génétiques (ADN environnemental) permet aujourd'hui l'identification des espèces et des individus à partir de fèces récoltées sur le terrain.
Pour étudier les changements de distribution des deux espèces à moyen et long terme, des crottes sont collectées le long d'un gradient altitudinal et dans différents contextes bioclimatiques. La stratégie d'échantillonnage repose sur des cartes de prédiction de présence des deux espèces modélisées à partir de données collectées depuis plusieurs années par les agents de terrain.
Lièvre variable (M. Mollard, Parc national de la Vanoise)
Les orthoptères (criquets, sauterelles, etc.) ont un rôle important dans les écosystèmes. Phytophages, ils peuvent consommer d’importants volumes d’herbes. Par ailleurs, ils représentent une ressource alimentaire essentielle pour de nombreuses d’espèces, d'oiseaux notamment.
Certaines espèces sont généralistes, d’autres inféodées aux climats méditerranéens ou montagnards, ce sont donc de bons modèles d'étude pour étudier les effets du réchauffement climatique à large échelle.
Plusieurs techniques permettent de relever la présence ou l’absence des espèces : reconnaissances auditives (stridulations), observations visuelles et captures au filet fauchoir.
Des stations de suivi disposées à différentes altitudes permettent d’étudier les changements à long terme dans les cortèges d’orthoptères. La comparaison avec des données historiques collectées dans les années 1960 et 1980 fournit les premières mesures de ces évolutions.
Capture d’orthoptères au filet-fauchoir (T. Couturier)
- Suivi des déplacements altitudinaux des communautés d’orthoptères en lien avec le changement climatique dans les parcs nationaux du Mercantour et des Écrins. Rapport méthodologique, protocole v1. Coopération OFB-Cefe. 2020, 44 p (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- Multi‐species Occupancy Models: An Effective and Flexible Framework for Studies of Insect Communities. Ecological Entomology, 12 décembre 2020. (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
Les changements d'usages des terres sont considérés comme la première cause d’érosion de la biodiversité. L’intensification de l’agriculture, très marquée en Europe, provoque un déclin important de nombreuses espèces.
Dans les régions méditerranéennes, un abandon progressif est plutôt observé pour certaines pratiques agricoles comme le pastoralisme, sur des portions importantes du territoire. La recolonisation de ces espaces par la forêt entraîne une perte de biodiversité, notamment de la faune caractéristique des milieux ouverts.
Comprendre les conséquences de ces évolutions est essentiel pour prédire le devenir des espèces et des écosystèmes.
Le Parc national de forêts, créé fin 2019, est couvert à 45% par des espaces agricoles, majoritairement en agriculture conventionnelle.
Ces dernières décennies ont été marquées par une homogénéisation des paysages initialement dédiés au polyculture-élevage au profit de cultures céréalières. Cette homogénéisation s’est accompagnée de l’élimination de nombreux éléments semi-naturels tels que les haies et les bordures enherbées. Or, ces infrastructures agroécologiques favorisent les auxiliaires de culture tels que les carabes et peuvent représenter ainsi une alternative à l’utilisation massive de pesticides.
Dans ce contexte, des bandes enherbées ont été implantées sur deux parcelles expérimentales. Un protocole visant à vérifier que ces bandes enherbées favorisent les carabes s’y déroulait depuis 2015. Il se basait sur des relevés de pièges Barber puis détermination des individus sous loupe binoculaire. Ce protocole a été adapté lors d’une étude-pilote lancée en 2019 visant à étudier la structuration spatiale des carabes au sein de ces parcelles expérimentales. Les résultats de cette étude ont permis de fournir des recommandations pour déployer un protocole dans différents contextes paysagers du parc national.
Bande enherbée entre deux cultures. (T. Couturier, Cefe)
Dans le Parc national des Cévennes, et notamment la région des Grands Causses, on assiste à une densification de la strate herbacée et une dynamique de recolonisation des ligneux en raison des modifications des pratiques d'élevages et un abandon partiel des activités pastorales.
Ceci pourrait impacter le Crave à bec rouge (Phyroccorax phyroccorax), connu pour s'alimenter en milieux ouverts caractérisés par des pelouses rases pâturées. Des données de végétation ont été collectées à plusieurs échelles spatiales sur les sites d’alimentation. Elles ont permis de caractériser la sélection d’habitat par cette espèce et de prédire les effets de modifications des habitats des Causses sur sa population.
Craves à bec rouge en alimentation (Antoine Herrera)
L’Azuré des Mouillères (Maculinea alcon alcon) est un papillon classé quasi-menacé sur la liste rouge française. Comme les autres espèces du genre, il possède un cycle de vie complexe et spécialisé. Une pression pastorale modérée est souvent nécessaire pour le maintien de la Gentiane pneumonanthe, unique plante-hôte du papillon.
L’étude avait pour objectifs d'évaluer comment cette pression pastorale contribue au maintien des pieds de Gentiane pneumonanthe comme habitat de ponte pour Maculinea, mais aussi à la survie des pontes.
Le protocole se basait sur le suivi de hampes de Gentiane pneumonanthe avec ponte et sans ponte sur une vingtaine de parcelles occupées par l’espèce. Les résultats ont permis de définir des modalités de pâturage (intensité, période) afin de préserver les populations de ce papillon menacé.
Collecte de données d'Azuré des Mouillères sur gentiane pneumonanthe (Laurette Valleix)
L’Espace naturel sensible (ENS) de la vallée de la Trézence offre une très grande diversité de milieux et est identifié comme réservoir de biodiversité dans le Schéma régional des continuités écologiques (SRCE). En 2017, le Département de la Charente-maritime a lancé la construction d’un « plan de gestion durable » du site, pour la préservation des ressources en eau, la biodiversité, et le maintien du tissu socio-économique. Après trois ans de coconstruction avec les acteurs du territoire, le plan a été adopté en décembre 2019 pour une durée de dix ans.
L’un des objectifs du plan de gestion durable est de mettre en place un zonage agroécologique basé sur la conversion de cultures en prairies (+ 100 ha d’ici 2020) et la préservation d’un secteur naturel de 80 ha.
En termes de suivi, l’une des actions consiste à créer un réseau d’observation des changements d’usages et de pratiques agricoles et de leur impact sur la biodiversité du sol.
Les effets de la conversion de parcelles cultivées en prairies seront mesurés sur plusieurs taxons représentatifs de la biodiversité du sol.
Une étude-pilote des variations spatiales d’abondance et de biomasse des communautés de lombrics a été réalisée en 2021 sur une cinquantaine de parcelles de culture et de prairies qui présentaient différentes caractéristiques pouvant influencer ce taxon. Elle a permis d’étudier la faisabilité du déploiement d’un protocole reposant sur le suivi de ce taxon afin de mesurer les effets des changements d’usage agricole.
Rapport universitaire disponible sur demande.
Espace naturel sensible de la Vallée de la Trézence (Thibaut Couturier, Cefe)
Depuis quelques décennies, une augmentation des risques d’incendies de grande ampleur est observée, notamment dans les régions méditerranéennes où la végétation combustible augmente en raison du recul des activités pastorales. Les espaces naturels protégés méditerranéens sont particulièrement touchés par ce phénomène.
D’autres perturbations peuvent intervenir en milieu terrestre, mais également en milieu aquatique. C’est notamment le cas de la pollution des cours d’eau, provoquée par les activités agricoles ou minières.
Ces perturbations ont des conséquences importantes sur la faune et la flore. La dynamique de récupération des populations après ces perturbations dépend largement des traits d’histoire de vie des espèces considérées : longévité, fécondité et capacité de déplacement. Connaître ces différentes trajectoires est essentiel pour mettre en place des mesures de gestion post-perturbations adaptées et évaluer leurs effets.
Le Cap Lardier a subi un incendie sur plus de 500 ha les 24 et 25 juillet 2017. Les impacts directs (mortalité) sur la faune et la flore ont été potentiellement importants et ont pu mettre en péril certaines populations d’espèces à forts enjeux de conservation.
Le Parc national de Port-Cros a entrepris de mettre en place certaines mesures de gestion directement après le passage du feu afin de favoriser la reconquête par certaines espèces, notamment végétales. D’autres mesures de gestion pourraient être déployées dans les prochaines années, voire déclinées sur d’autres espaces incendiés si elles s’avèrent efficaces.
Il est donc important de comprendre les processus de reconquête des zones brûlées par différents taxons de faune et flore. La tortue d’Hermann, en tant qu’espèce patrimoniale, longévive, et fortement impactée par les incendies, est étudiée prioritairement. Les dynamiques de recolonisation de la végétation, des communautés d’orthoptères et des fourmis ont par ailleurs été comparées dans des sites gérés et témoins en cœur de zone incendiée.
Reconquête de la végétation après incendie, suivi avec filet de coco (T. Couturier, Cefe)
L'activité minière connait une croissance exponentielle depuis la fin du siècle dernier sur le plateau des Guyanes. Les écosystèmes d’eau douce sont fortement impactés par ces opérations minières, avec une déstructuration de certaines communautés animales et végétales telles que celle des poissons. Toute la chaîne trophique peut alors être affectée.
C’est notamment le cas de la Loutre géante d’Amazonie (Pteronura brasiliensis) et de la Loutre commune (Lontra longicaudis), au sommet de la chaîne trophique, dont certaines populations peuvent disparaître. Outre la diminution des ressources en proie, la perturbation de ses activités de chasse en raison de la turbidité de l’eau ou l'intoxication par le mercure sont d’autres menaces possibles. Après l'arrêt des perturbations, ces deux espèces ont cependant la capacité de recoloniser les zones dont elles se sont éteintes.
Cette étude avait pour objectif de définir un protocole visant à suivre et prédire les processus d’extinction-colonisation spatiale de la loutre géante et de la loutre commune sur les cours d’eau du Parc Amazonien de Guyane. Ce protocole se base sur la collecte d’indices de présence des deux espèces (observations visuelles, présence de traces et de crottes). Il permettra de mieux anticiper sur les perturbations et leurs impacts et proposer des mesures de conservation adéquates.
Loutre géante d'Amazonie (C. Moulin)
Agir par des actions de restauration
Les écosystèmes, lorsqu’ils sont fortement dégradés, peuvent nécessiter une intervention de l’homme pour retrouver un bon état de conservation. C'est la restauration écologique, c'est-à-dire l'action de rétablir un système écologique dans un état de référence historique. Les écosystèmes de certains espaces naturels protégés sont soumis à des états de dégradation importants. Ils constituent alors de véritables « laboratoires » pour expérimenter différentes actions de restauration.
L’introduction d’espèces exotiques envahissantes (EEE) est une cause majeure d’extinction des espèces animales natives. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les îles, où de nombreuses disparitions d’espèces (végétales et animales) et de changements des écosystèmes ont été documentés suite à l’introduction de mammifères prédateurs, notamment des rongeurs.
Les gestionnaires d’espaces naturels insulaires ont donc une forte responsabilité dans la lutte contre les espèces envahissantes qui mettent en péril bon nombre d’espèces indigènes, voire endémiques, en outre-mer notamment. Des opérations de restauration écologique basées sur une lutte contre les espèces envahissantes et sur le maintien, voire l’expansion d’espèces indigènes peuvent rétablir la fonctionnalité des écosystèmes originels.
Depuis l’arrivée de l’Homme sur l’île de La Réunion, au cours du XVIIe siècle, plusieurs milliers d’espèces, notamment de plantes, y ont été introduites. Certaines sont devenues envahissantes et menacent plusieurs écosystèmes, dont la forêt sèche. Un projet Life+ vise à restaurer cet écosystème unique au monde par des actions multiples.
Différentes modalités de plantation d’espèces indigènes et de lutte contre les plantes exotiques envahissantes (PEE) sont testées sur des parcelles expérimentales du Parc national de La Réunion. Pour en suivre l’efficacité, de nombreux paramètres sont relevés.
Un plan d’échantillonnage visant à mesurer une efficacité globale du projet a été proposé. Il consiste à suivre à moyen-long terme 35 placettes au sein desquelles seront effectuées (i) des comptages des différentes espèces pour estimer la diversité spécifique et la mortalité, (ii) des mesures de hauteur et de diamètre de houppier de plus de 700 plants de 15 espèces d’intérêt pour estimer leur croissance.
Placette restauration forêt semi sèche Grande Chaloupe La Réunion © A. Jailloux
Le Gecko vert de Bourbon (Phelsuma borbonica) est endémique de l’île de La Réunion et constitue un pollinisateur probable des arbres indigènes et endémiques dont il apprécie le nectar et les fruits.
Dans le cadre du projet LIFE+ Forêt Sèche, 50 individus ont été transloqués en avril 2018 sur une forêt restaurée (voir techniques de restauration des habitats ci-dessus). . Cette réintroduction doit contribuer à la restauration de l’ensemble des fonctionnalités de la forêt sèche.
Un protocole visant à suivre la dynamique de la population après l’opération de translocation permet d’évaluer le succès ou échec de cette opération. Des méthodes de Capture-Recapture basées sur des clichés photos des individus réalisés à différents intervalles de temps permettent d’estimer les survies des individus et l’abondance de la population.
Gecko vert de Bourbon (F. Rivière)
- Suivi démographique d’une population de Gecko vert de Bourbon (Phelsuma borbonica) suite à une translocation pour recoloniser un espace restauré du Parc national de La Réunion. Rapport méthodologique, protocole version 1. Coopération AFB-Cefe, 2019. 38 p. (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- En savoir plus sur le Gecko vert de Bourbon (PN de la Réunion) (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
La fragmentation des habitats est le processus par lequel un habitat est converti en plusieurs fragments plus petits, suite à un changement d’usage des terres (urbanisation, conversion en terres agricoles etc.) ou à la création d’infrastructures de transport. Ces îlots d’habitats se trouvent ainsi isolés, séparés : la perte de connectivité. Comprendre comment les espèces se déplacent dans ces paysages fragmentés est donc essentiel pour mettre en place des actions visant à restaurer la connectivité écologique d’habitats.
De nombreuses études scientifiques mettent en avant les conséquences de la fragmentation sur la biodiversité :
- à court terme : cycle biologique contraint, mortalité directe par collision,
- à moyen et long terme : isolement des populations voire leur extinction par limitation de la dispersion et des échanges métapopulationnels.
Ces actions s'intègrent dans la démarche Trame verte et bleue (TVB), outil phare pour identifier, préserver et restaurer les connectivités écologiques.
À paraître
La connectivité du paysage accroît la diversité et l’abondance pour de nombreux organismes se déplaçant activement, dont les rhopalocères (papillons de jour). Ce groupe souffre particulièrement de la fermeture des milieux et notamment en contexte forestier.
Cette étude vise à évaluer dans quelles mesures la réouverture de corridors connectant des patchs d’habitats ouverts au sein d’une matrice forestière peut favoriser la diversité, l’abondance et les déplacements des rhopalocères.
Pour cela, deux protocoles ont été mis en place. Le premier vise à estimer la diversité et l’abondance des papillons de jour selon des points de comptage répartis sur les patchs d’habitats ouverts et les futurs corridors. Le second protocole vise à caractériser les déplacements de rhopalocères selon un dispositif de Capture-marquage-recapture (CMR) par marquage des ailes des individus. Suite à l’état initial réalisé en 2019, ces deux protocoles seront reconduits en 2024, après exécution des travaux de restauration, afin d’en mesurer les effets.
Article scientifique à paraître.
Petit nacré (Issoria lathonia) marqué (T. Couturier, Cefe)
Les milieux humides abritent une biodiversité exceptionnelle et assurent certaines fonctions écologiques et services écosystémiques. C’est notamment le cas des tourbières, milieux caractérisés par la présence, ou la formation, d’un sol composé de tourbe, c'est-à-dire de matière organique très peu décomposée. Pour que le sol des tourbières se forme, des conditions écologiques particulières doivent être présentes, et notamment une saturation du milieu en eau (stagnante, ou peu mobile) pendant une période suffisamment longue dans l’année. La raréfaction de l’eau dû aux sécheresses estivales et le drainage pour des besoins de l’agriculture peuvent mettre en péril le caractère humide des tourbières. Des opérations de restauration écologique basées sur la gestion des niveaux d’eau peuvent permettre de rétablir la fonctionnalité de ces écosystèmes fragiles.
Plus d'infos sur le site du Pôle-relais tourbières
À paraître
Les Dolomèdes sont des araignées vivant exclusivement à proximité des zones humides pérennes (marais, bords de rivières calmes, tourbières, etc.). L’une des deux espèces présentes en France métropolitaine, Dolomedes plantarius, est classée « vulnérable » sur la liste rouge mondiale des espèces menacées. Les populations du Nord de la France représentent un réel enjeu pour sa conservation.
Le projet européen Life Nature Anthropofens vise à restaurer 480 ha de tourbières alcalines dans 13 sites Natura 2000, en régions Hauts-de-France et Wallonie, sur une durée de 6 ans. Les travaux de restauration écologique consistent notamment à rétablir un fonctionnement hydraulique naturel des sites. Des suivis écologiques sont envisagés sur toute la durée du projet en particulier en début (2020-2021) et fin de projet (2024) afin de comparer l'état des sites avant et après travaux.
Dolomedes plantarius a été retenue comme indicateur de suivi de l’efficacité des travaux. Toutefois, il s’agit d’une espèce dont la détection est faible et probablement variable dans le temps et dans l’espace. Par ailleurs, aucune information n’est disponible sur les changements éventuels d’occupation spatiale de cette espèce en réponse aux variations spatio-temporelles des niveaux d’eau. L’espèce pourrait ainsi souffrir des assecs rencontrés sur certains secteurs de tourbières. Cette étude cherchera à évaluer les effets des variations hydrologiques saisonnières sur l’occupation spatiale de l’espèce. Les résultats obtenus devraient permettre de guider les orientations de gestion hydraulique.
Article scientifique à paraître.
Dolomedes plantarius (Nicolas CARON)
Contacts
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Aurélien Besnard
Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive -
Adrien Jailloux
Office français de la biodiversité -
Thibaut Couturier