Agir pour protéger la biodiversité des pressions issues des activités humaines, et permettre le retour des espèces dans les milieux dégradés, est essentiel. Sous le terme de gestion des espaces naturels, le gradient d’actions va de la préservation des milieux peu altérés et/ou abritant des espèces protégées, à la restauration active des milieux dégradés ou des populations d'espèces en danger, en passant par l’amélioration des modes de gestion de milieux ou espèces exploités par les humains.
Ces mesures de gestion se placent au cœur des enjeux pour la société, mais également des politiques publiques dont de nombreuses directives ou règlements européens structurés autour de la préservation, la gestion et la restauration. Et notamment :
- les sites Natura 2000,
- la directive cadre sur l’eau dont l’objectif est le maintien ou l’atteinte du bon état pour les masses d’eau d’ici à 2027,
- la directive cadre stratégie pour le milieu marin.
Le règlement sur la restauration de la nature en devient le pilier depuis son adoption en 2024 : il vise la restauration de l’ensemble des habitats dégradés d’ici à 2050. Il impulse ou renforce les travaux menés ou à réaliser pour répondre aux besoins d'outils et de connaissances.
Ces actions seront d’autant plus ciblées si elles sont orientées par les diagnostics : d’état de la biodiversité, et des pressions qui s’y exercent.
La gestion : un programme d'action à définir en réponse aux enjeux de biodiversité et des usages
La gestion des espaces naturels se définit par l’ensemble des mesures qu’il est possible de mettre en place pour concilier les enjeux d’usages et ceux de biodiversité. Ces mesures peuvent concerner l’écosystème ou l'espèce en eux-mêmes (mesures de protection ou d’entretien, restauration) autant que les pratiques mises en œuvre sur le territoire (agriculture durable, limitation de la fréquentation).
Les outils peuvent être règlementaires (arrêtés de protection), de programmation ou d’entretien (plan de gestion) ou de conciliation (convention avec les exploitants).
Moduler les mesures de gestion
Les différentes options de gestion seront fonction :
- de l’état de l’écosystème et des espèces qui le fréquentent,
- des enjeux associés à ces milieux et espèces, particulièrement rares ou d’intérêt par exemple,
- de la présence d’usages ou non, et des possibilités d’évolution de ces usages.
Pour déterminer et combiner les actions à mettre en place
- Ainsi, lorsque le milieu est plutôt privilégié, avec des enjeux forts de biodiversité et peu d’usages, la préservation prime, avec la mise en place de zones de protection forte.
- Le plus souvent, il s’agit de faire cohabiter les usages et la biodiversité. Il est alors nécessaire de veiller à la compatibilité entre les usages et la conservation d’une biodiversité d’intérêt, ce qui demande parfois une évolution des pratiques et usages en place.
- Lorsque le milieu présente des altérations, et que les usages le permettent, des mesures de restauration peuvent être mises en place.
Pour appuyer la mise en œuvre de ces actions de gestion, l’Office français de a biodiversité (OFB) propose de nombreux outils et accompagnements, depuis l’aide à l’élaboration de plans de gestion (Cahier technique 88) jusqu’à la mise à disposition de retours d’expérience ou l’accompagnement technique.
Méthodes, connaissances et outils socles
Outre les éléments spécifiques à des étapes ou milieux plus bas dans cette page, voici l'accès global aux ouvrages méthodologiques, résultats d'études, retours d'expériences sur les actions, documents de synthèse et fiches espèces.
Préserver : une solution efficace mais radicale, à réserver à certaines situations
La préservation sera l’option retenue lorsque les enjeux sont particulièrement forts sur la biodiversité. Il s’agit alors de minimiser autant que possible les interventions et activités humaines sur le milieu ou les espèces en question.
Sur le territoire français, marqué par un tissu dense d’usages et d’activités (agriculture, transports, tourisme, pêche, chasse…), qu’ils soient sur des environnements naturels ou semi-naturels, cette mesure de gestion ne peut concerner qu’un nombre limité d’espaces et d’espèces.
Préserver les milieux : les zones de protection forte
La préservation au sens strict exclut de fait la cohabitation de la plupart des usages, généralement sur des territoires très restreints (réserves intégrales, notamment au sein de Parcs nationaux) dits sous protection forte.
Une zone sous protection forte est en effet une zone géographique dans laquelle les pressions engendrées par les activités humaines susceptibles de compromettre la conservation des enjeux écologiques sont absentes, évitées, supprimées ou fortement limitées, et ce, de manière pérenne, grâce à la mise en œuvre d’une protection foncière ou d'une réglementation adaptée, associée à un contrôle effectif des activités concernées
(Décret n° 2022-527).
Cette éviction des pressions liées aux usages peut aller jusqu’à la libre-évolution, une méthode de gestion à des fins de conservation ou de restauration des écosystèmes. Elle consiste à laisser se développer des processus naturels d’équilibre et d’évolution, en ne pratiquant pas d’interventions dirigées et en ayant supprimé ou réduit de façon maximale les pressions exercées par les activités humaines.
Cette méthode de gestion peut intervenir après des interventions plus dirigées de suppression de pressions ou de restauration de milieux.
Pour agir sur la préservation des écosystèmes, il existe de nombreux dispositifs, dont la mise en œuvre et le périmètre varient.
Dans le cadre de la Stratégie nationale pour les aires protégées, l’OFB accompagne les territoires pour développer la surface d’aires protégées sur le territoire, par exemple via la mise à disposition d'outils.
Conserver : faire cohabiter usages et biodiversité
Ce mode de gestion porte essentiellement sur la réduction des pressions par une adaptation des activités permettant leur bon déroulement, via une évolution des pratiques, que ce soit au niveau technique comme d'organisation dans le temps ou l'espace.
Réglementer selon des connaissances en acquisition : la gestion adaptative
S’appliquant aux milieux comme aux espèces, la gestion adaptative est un mode de gestion basé sur l’apprentissage. En effet, ceux sur lesquels un mode de gestion particulier est appliqué bénéficient de suivis approfondis : en fonction des résultats issus de ces suivis, les modes de gestion sont questionnés et adaptés si besoin.
Les mesures d’atténuation : diminuer les impacts des activités humaines
Lorsque le milieu est dégradé, mais que les enjeux ou les choix de gestion ne permettent pas de mettre en œuvre des mesures de restauration (nécessité de maintenir les usages incompatibles avec des mesures de restauration, par exemple), alors des mesures d’atténuation des effets négatifs sur la biodiversité peuvent être mises en œuvre.
Ces solutions sont alors spécifiques aux activités et milieux concernés.
Exemples : remplacer le génie civil par le génie végétal ou améliorer la franchissabilité des ouvrages en rivière par les espèces
Restaurer : remettre en état les milieux et les populations dégradées
La restauration écologique est un processus qui aide au rétablissement d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé ou détruit. Il vise la préservation de la biodiversité et l’intégrité écologique
: cette définition de la Society for ecological restoration est celle qui fait aujourd’hui consensus.
Dans ce cadre, et suite à la prise de conscience qu’une très forte proportion de nos territoires sont dégradés, de nombreuses actions sont mises en œuvre, à l’échelle du milieu ou d’une espèce, sur tous les milieux terrestres et aquatiques. Le premier levier d’action à mobiliser doit consister en la levée des pressions existantes sur les milieux ou les espèces (parfois nommée « restauration passive »). Lorsque c’est insuffisant, ou impossible, des mesures plus actives peuvent être mobilisées, comme l’intervention de sociétés de terrassement ou de génie écologique, afin d’accompagner au mieux le rétablissement des milieux.
Pour autant, les pratiques de restauration écologiques sont encore jeunes, et pour beaucoup au stade expérimental. Aussi, il existe un fort besoin d’acquisition de connaissances, pour :
- savoir si et comment les écosystèmes et les espèces se rétablissent après l’opération de restauration, qu’elle consiste en une levée de pression ou une mesure plus interventionniste,
- connaître les techniques et modalités les plus efficaces selon les contextes.
L’OFB contribue à faire progresser la connaissance et la mise en œuvre des opérations de restauration par le biais de nombreuses actions, qu’elles concernent les milieux ou les espèces, les techniques de restauration ou le suivi et l’évaluation.
Intégrer les enjeux de société
Lorsque cela est possible, il est recommandé de combiner :
- des objectifs écologiques : rétablissement d’un milieu plus naturel, reconquête des espèces),
- à des objectifs sociétaux : protection contre les inondations, adaptation au changement climatique.
Financer des actions de restauration : le jeu de grattage Mission Nature
Quelques exemples financé par Mission Nature :
- restauration de certains habitats de pontes de tortues marines par exemple en Martinique,
- restauration d’un réseau de mares en Ile-de-France.
Des éléments techniques spécifiques selon l'approche milieux ou espèces
Les ressources rassemblent des ouvrages méthodologiques, résultats d'études, retours d'expériences sur les actions, documents de synthèse, fiches espèces...