Identifier l'état des masses d'eau, et donc évaluer les pressions et leurs conséquences précises, passe par l'interprêtation des données de surveillance, en rapport à des normes ou indicateurs de qualité.

L'évaluation, un processus par étapes

  1. La connaissance de l’état des masses d’eau nécessite l’établissement de règles claires d’interprétation des résultats de la surveillance chimique
    L’élaboration de ces règles repose le plus souvent sur l’association d’informations acquises à partir d’observations de terrain ou d’expérimentations en laboratoire (sur la dangerosité d’une substance chimique, par exemple), avec des éléments d’extrapolation ou de modélisation. 
  2. Elle se concrétise généralement par l’élaboration de normes de qualité environnementale ou d’indicateurs de la qualité des milieux. Ces outils permettent in fine d’approcher l’état qualitatif des masses d’eau à partir d’échantillons prélevés dans le cadre de la surveillance, et/ou d’informations sur les pressions s’exerçant sur ces masses d’eau.

Sources et flux de polluants

La connaissance des sources de micropolluants, ainsi que celle des flux polluants associés, sont indispensables pour évaluer et hiérarchiser les risques d'impact toxique sur les milieux qui reçoivent les rejets issus des activités humaines.

Les indicateurs de l’état chimique pour la directive cadre sur l’eau (DCE)

Qu’il s’agisse des eaux de surface ou souterraines, le principe fondamental de l’évaluation de l’état chimique des masses d’eau selon la DCE est la comparaison entre d’une part une concentration représentative mesurée dans le milieu et d’autre part une valeur seuil ou une norme de qualité environnementale...

Évaluation de la qualité des sédiments

Le compartiment sédimentaire n’est pas directement pris en compte dans l’évaluation « réglementaire » de l’état chimique des masses d’eau (par exemple, il n’existe pas de normes de qualité environnementale spécifiques au sédiment définies dans la directive-fille « NQE »). La DCE impose cependant le contrôle des sédiments à une fréquence régulière afin de fournir des données suffisantes à une analyse de tendance à long terme de substances prioritaires s’accumulant dans ce compartiment. À retrouver sur la page "Gestion" :

  • Évaluer les tendances de la contamination des sédiments
  • Établir un diagnostic de la contamination des sédiments
  • Évaluer et limiter l'impact des opérations de dragage et de la gestion à terre des sédiments, sur la qualité des milieux récepteurs

Effets écotoxicologiques des contaminants aquatiques

La connaissance des effets (éco-)toxiques des contaminants est nécessaire pour une juste évaluation des risques environnementaux et sanitaires.

Effets des substances chimiques sur les organismes aquatiques

À titre d'exemple, le potentiel écotoxique (ou la dangerosité) de 25 formulations de produits détergents pour lave-vaisselle envers les organismes aquatiques a été évalué dans le cadre d’une étude expérimentale en laboratoire réalisée par l’Ineris entre 2009 et 2010. Cette étude s’inscrivait dans le prolongement de travaux réalisés conjointement par l’Institut national de la consommation (INC), les egences de l’eau et l’Ineris en 2006 sur les produits lessiviels, pour lesquels l’INC avait souhaité, en plus des essais d’efficacité, ajouter une composante environnementale. Le rapport paru en 2011 montre notamment que l’utilisation des liquides de rinçage peut avoir une part significative dans la toxicité des bains de lavage générés.

Il a abouti à certaines recommandations en vue d’améliorer le processus d’évaluation pour l’obtention de l’Ecolabel européen concernant les produits détergents.

Pressions à l’origine du phénomène d’eutrophisation

L’Ifremer a déterminé, par modélisation, les "bassins récepteurs" marins des principaux fleuves français de la façade Manche-Atlantique, et de leurs rôles respectifs dans l'eutrophisation phyto-planctonique des masses d'eau DCE et des sous-régions DCSMM. L’université de Tours travaille à l’évaluation des apports de N et de P d’origine fluviatiles vers les plans d’eau.

Enfin, une expertise scientifique collective, pilotée par le CNRS (InEE) en partenariat avec l’Ifremer, l’Inra et l’Irstea, a débuté en 2015 afin de clarifier la définition de l’eutrophisation en prenant en compte les besoins et enjeux opérationnels pour l’action publique. L’analyse produira un état des lieux critique des connaissances scientifiques certifiées au plan européen et mondial sur les causes et mécanismes d’eutrophisation des eaux et identifiera les verrous scientifiques nécessitant l’acquisition de nouvelles connaissances qui pourraient faire l’objet de recherches supplémentaires.
L’expertise a pour objectif de servir de base scientifique en vue d’améliorer la cohérence des modalités de mise en œuvre des différentes directives concernées (Directive nitrates, DCE, DCSMM et DERU).

Aller plus loin

    • Grandes familles de polluants chimiques et informations sur les substances

      • Agriculture & activités forestières
      • Gouvernance & planification

      Pesticides, perturbateurs endocriniens, plastiques, résidus de médicaments et autres polluants émergents... les polluants identifiés par la société et les réglementations environnementales appartiennent à diverses familles, regroupées selon leurs usages ou effets.

    • Surveiller les contaminations chimiques des milieux aquatiques

      • Accompagnement technique & financier
      • Connaissances, données & diagnostics

      Le suivi des contaminants et pollutions, renforcé à travers les programmes de surveillance de la DCE, requiert des précautions drastiques. Les besoins : exercer une surveillance prospective via des réseaux de sites, fiabiliser la mesure, développer des outils, améliorer les connaissances.

    • Caractériser, suivre et évaluer l'état des milieux

      • Connaissances, données & diagnostics
      • Espèces

      Pour caractériser, suivre et évaluer les écosystèmes, les approches par type de milieux s'appuient sur des méthodes ou outils spécifiques. Elles portent souvent sur les interactions entre espèces, voire entre milieux, sur les habitats ou sur les fonctions écologiques.