Restaurer les forêts et espèces menacées de Martinique, le projet Refem
Mieux connaître pour mieux protéger : telle est l’ambition du projet Refem mené au cœur des volcans et forêts de la Montagne Pelée et des Pitons du Carbet. Il vise à mieux comprendre la présence des vertébrés exotiques envahissants et leurs impacts sur les milieux naturels et les activités humaines en Martinique, afin de poser les bases d’actions de conservation adaptées.
Durée du projet : 2 ans (juillet 2024 à juillet 2026)
Porteur(s) du projet : Office français de la biodiversité (OFB) et Office national des forêts (ONF), avec le soutien financier de la Française des Jeux (FDJ)
Dernière mise à jour : 10 février 2026
La Montagne Pelée et les Pitons du Carbet sont deux montagnes d’origine volcanique situées dans le nord de la Martinique. Ces espaces sont couverts d’une forêt couvrant près de 140 km², soit 12 % de la surface de l’île.
Cette forêt abrite de nombreuses espèces endémiques, c'est-à-dire présentes uniquement en Martinique. Cette richesse est reconnue par son inscription en 2023 au patrimoine mondial de l’Unesco.
Parmi ces espèces uniques au monde, figure la grenouille appelée l’Allobate de Chalcopis : unique représentante de la famille des Dendrobatidae aux Antilles, elle qui ne vit que sur la partie sommitale de la montagne Pelée.
L’Oriole de la Martinique, l’Iguane des petites Antilles et le Serpent fer de lance sont également des espèces endémiques de Martinique.
La flore des massifs des Pitons du Carbet et de la montagne Pelée compte également un grand nombre d’espèces à fort intérêt patrimonial, comme la Fleur boule montagne.
Paysage des pitons du Carbet, Martinique, 2025 (Adélie Paris, OFB)
Les îles représentent des joyaux de biodiversité, abritant une proportion exceptionnelle d’espèces endémiques, n'existant nulle part ailleurs sur la planète. Leur isolement géographique a favorisé l’évolution de formes de vie uniques, souvent adaptées à des conditions très spécifiques.
Cette singularité fait des écosystèmes insulaires de véritables laboratoires naturels de l’évolution, mais aussi des milieux extrêmement fragiles.
Les espèces insulaires, souvent peu abondantes et peu dispersées, sont particulièrement vulnérables aux perturbations. La perte d’habitat, le changement climatique et surtout l’introduction d’espèces exotiques représentent aujourd’hui leurs principales menaces.
Les prédateurs et compétiteurs introduits, comme les rats, les mangoustes, les chats ou certains reptiles, ont provoqué un grand nombre d’extinctions.
En conséquence, les îles concentrent une part disproportionnée des extinctions mondiales récentes : près de 75% des extinctions de vertébrés recensées depuis 1500 ont eu lieu dans les îles. Plus de 85 % des extinctions répertoriées liées aux espèces invasives se sont produites sur des îles.
Biodiversité insulaire : chiffres clés et menaces (Island Conservation, 2017)
Rôle de l'image
Cette infographie présente des données statistiques illustrant l'importance écologique des îles dans le monde et l'impact des espèces exotiques envahissantes sur la biodiversité insulaire. Elle est produite par Island Conservation (2017).
Description structurée
Titre principal
""ISLANDS REPRESENT"" (Les îles représentent) - texte en majuscules, centré en haut de l'infographie
Organisation générale
L'infographie est composée de cinq sections disposées horizontalement de gauche à droite, chacune présentant une statistique avec une icône illustrative.
Section 1 - Superficie des îles
Icône : Silhouette grise d'une île (forme de l'archipel d'Hawaï)
Statistique : 5.3%
Texte explicatif : ""Of the Earth's landmass"" (De la masse terrestre de la Terre)
Source : UNEP-WCMC 2015
Section 2 - Extinctions d'oiseaux, amphibiens, mammifères et reptiles
Icône : Silhouette grise d'un oiseau (de type dodo ou oiseau terrestre incapable de voler)
Statistique : 75%
Texte explicatif : ""Of bird, amphibian, mammal, and reptile extinctions"" (Des extinctions d'oiseaux, amphibiens, mammifères et reptiles)
Source : Tershy et al. 2015
Section 3 - Vertébrés terrestres menacés
Icône : Silhouette grise d'une tortue terrestre
Statistique : 41%
Texte explicatif : ""Of all CR and EN terrestrial vertebrates"" (De tous les vertébrés terrestres classés CR - En danger critique et EN - En danger)
Source : Spatz et al. 2017
Section 4 - Biodiversité aviaire
Icône : Silhouette grise d'un oiseau marin en vol
Statistique : 19%
Texte explicatif : ""Of avian biodiversity"" (De la biodiversité aviaire)
Source : Tershy et al. 2015
Section 5 - Extinctions liées aux espèces invasives (mise en évidence) Fond : Rectangle rouge vif
Titre : ""INVASIVE ALIEN SPECIES"" (Espèces exotiques envahissantes) - en majuscules, aligné à droite en haut
Icône : Silhouette blanche d'un rat/rongeur sur fond rouge
Statistique : 86%
Texte explicatif : ""Of recorded extinctions linked to invasives occurred on islands"" (Des extinctions enregistrées liées aux espèces invasives se sont produites sur des îles) - texte en blanc
Source : Bellard et al. 2015
Crédit
""© Island Conservation 2017"" - mention en bas à droite de l'infographie
https://www.islandconservation.org/islands-hotbeds-life-epicenters-extinction/
Codes couleurs
Sections 1 à 4 : fond blanc, icônes et textes en gris foncé et noir
Section 5 : fond rouge, icône et textes en blanc (mise en évidence visuelle forte)
Synthèse
Cette infographie démontre que bien que les îles ne représentent que 5,3% de la surface terrestre, elles concentrent une part disproportionnée de la biodiversité mondiale menacée et des extinctions passées, avec 86% des extinctions documentées liées aux espèces invasives ayant eu lieu sur des îles, soulignant l'importance critique de la conservation insulaire."
Pourtant, les îles montrent aussi un fort potentiel de restauration : la meilleure gestion des espèces invasives et la protection des habitats naturels permettent souvent un rétablissement rapide des populations locales.
Préserver les îles, c’est donc protéger certains des réservoirs les plus précieux et les plus menacés de la biodiversité mondiale.
Des introductions d'origines différentes, dont certaines domestiques : les espèces férales
Le projet Refem se concentre sur plusieurs vertébrés exotiques, des mammifères et un oiseau, dont le mode d'introduction diffère selon leurs historiques.
Dans ce cadre sont concernées 3 espèces férales : porc-cochon, chèvre et chat.
-
«
La féralité est dérivée de l’adjectif « féral » qui se dit d’un animal anciennement domestiqué ou issu de sélection génétique en élevage, revenu à l’état sauvage et adapté à son nouveau milieu naturel. Ce retour à l’état sauvage est appelé « féralisation » ou « marronnage » au moment où l’animal est relâché ou s’échappe. « Féral » vient du latin feralis, de fera (« bête sauvage »). (La féralité : un concept novateur pour les forêts)
»A. Schnitzler, J-C Génot, 2022 Revue forestière française
En Martinique, l’introduction du porc féral, apparenté au Sanglier (Sus scrofa), montre des origines variées (Gourdine et al, 2019) et remonte au XVIe siècle lors de la colonisation européenne. Par la suite, des individus ont été relâchés ou se sont échappés, formant les populations sauvages actuelles.
L’historique d’introduction des chèvres (Capra hircus) est moins bien connu. Des populations férales existent dans les forêts de la Montagne Pelée, de Prêcheur Grand Rivière et des Pitons du Carbet.
Introduites de manière volontaire ou involontaire, 5 espèces complètent ce cortège d'invasives : la Perruche à collier (Psittacula krameri), le Raton laveur (Procyon lotor), la Petite mangouste indienne (Herpestes/Urva auropunctata), l’Opossum commun (Didelphis marsupialis) et le Rat noir (Rattus rattus).
Des impacts sur le milieu et les espèces
Ces espèces menacent la flore et la faune native, et causent des dommages aux cultures.
Les impacts des espèces férales sont constatés sur le sol (creusement, piétinement) et la végétation (abroutissement d’espèces rares sur la montagne Pelée), mais peuvent aussi concerner la faune.
De plus, les cochons pourraient devenir des prédateurs des pontes de tortues marines dans les anses du nord du Prêcheur : le comportement est observé dans d’autres régions où l’espèce est invasive comme l’Australie et les États-Unis. Les impacts du cochon sont aussi économiques, ils exercent une pression forte sur l’agriculture locale.
- Établir un état des lieux de la présence des vertébrés exotiques dans le cœur de bien UNESCO : étudier la distribution des espèces exotiques par l’utilisation de pièges photographiques
- Évaluer l’impact de certains vertébrés exotiques sur la biodiversité et les usages humains, cet objectif est structuré en 2 axes :
- étudier les dégâts agricoles causés par les vertébrés exotiques dans le nord de la Martinique,
- étudier l’impact de la petite mangouste indienne sur le succès de nidification des tortues marines.
- Valoriser le projet et partager des connaissances avec le public : le partage des résultats et des observations
Différentes études sont menées en complémentarité afin de répondre aux objectifs d’acquisition de connaissances.
Un protocole d'étude basé sur les pièges photographiques
Pour étudier la distribution de ces espèces, 104 pièges photographiques ont été déployés à travers la zone d’étude pendant un mois.
Lors de l’installation des caméras, des informations ont été collectées pour analyse sur :
- la végétation de la station : espèces majoritaires, niveaux de recouvrement...,
- les conditions d’installation de la caméra : visibilité devant le piège, hauteur, orientation.
Les informations acquises ont permis :
- de mieux comprendre les variables écologiques qui influencent la distribution des espèces,
- et d’établir des cartes de distribution des espèces invasives. Les probabilités d’occupation, calculées grâce aux images obtenues, sont les premières données quantitatives acquises sur ces animaux. Elles constituent un jalon qui pourra être utilisé dans le futur pour évaluer la tendance d’évolution des populations.
Emplacement des 104 stations échantillonnées dans le cœur de bien Unesco pour le projet Refem (OFB, 2025)
Rôle de l'image
Cette carte présente la localisation géographique des stations de pièges photographiques déployées sur le territoire de la Martinique dans le cadre d'une étude de suivi de la faune exotique, avec indication du relief et de la zone d'étude. Description structurée
Carte principale (partie gauche)
Territoire représenté :
Île de la Martinique vue en entier
Orientation : flèche Nord en haut à gauche
Coordonnées géographiques : latitude de 14.65°N à 14.90°N, longitude de 61.20°W à 61.05°W
Échelle : barre indiquant 6 km en bas à gauche
Fond de carte - Relief et élévation : Dégradé de couleurs indiquant l'altitude :
Gris clair : zones côtières et basses (0 m)
Jaune clair : altitudes intermédiaires (500 m)
Orange à rouge : zones montagneuses (1000 m et plus)
Zones les plus élevées concentrées dans la partie centrale-nord de l'île
Zonage et délimitations :
Rectangle noir en trait plein : délimitation de la zone d'étude (Study range)
Polygones en pointillés noirs : sites classés au patrimoine mondial de l'UNESCO (Unesco world heritage site)
Zones grises foncées : zones urbanisées (Built-up areas)
Grille d'échantillonnage : Quadrillage régulier superposé sur la zone d'étude
Chaque cellule de la grille contient un ou plusieurs points noirs
Points de mesure :
Nombreux points noirs (camera traps) dispersés sur l'ensemble de la zone d'étude
104 points visibles
Distribution relativement homogène couvrant les différentes altitudes
Cartons de localisation (partie droite supérieure)
Carte du monde :
Globe terrestre en projection
Continents en gris
Point rouge : localisation de la Martinique dans les Caraïbes
Carte régionale :
Archipel des Petites Antilles
Îles environnantes en gris
Point rouge : position de la Martinique Légende (partie droite inférieure)
Élévation (Elevation) :
Échelle de couleur verticale :
Rouge-orange : 1000 m
Jaune : 500 m
Gris clair : 0 m
Symboles cartographiques :
Gris foncé : Built-up areas (zones urbanisées)
Rectangle noir trait plein : Study range (zone d'étude)
Rectangle pointillés : Unesco world heritage site (site patrimoine UNESCO)
Point noir : Camera traps (pièges photographiques)
Synthèse
Cette carte scientifique illustre le plan d'échantillonnage pour l'étude la distribution des vertébrés exotiques en Martinique avec un réseau dense de 104 pièges photographiques couvrant l'ensemble du gradient altitudinal de la zone d'étude, incluant des secteurs classés au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Les résultats en chiffres
Sur plus de 230 000 photos triées et annotées manuellement :
- 9620 observations enregistrées,
- 18 espèces identifiées dont :
- 8 espèces natives (toutes des oiseaux)
- et 10 mammifères exotiques.
Des tendances constatées
Quatre espèces exotiques sont très largement distribuées :
- le Rat noir, la Petite mangouste indienne, le Raton laveur et l’Opossum commun ont une probabilité d’occupation moyenne de plus de 60% sur la zone étudiée.
- Elles sont présentes pratiquement partout, aussi bien en périphérie des zones agricoles ou urbaines que dans des milieux d’altitude reculés et à forte naturalité ;
Les espèces férales présentent une répartition plus restreinte. Bien que leurs populations soient issues du relâcher d’individus domestiques, la distribution du porc, de la chèvre et du chat n’est actuellement plus inféodée à la présence humaine :
- le porc évite les zones artificialisées et occupe préférentiellement les secteurs de basses et moyennes altitudes au nord et à l'ouest de la montagne Pelée. Bien que des populations y soient parfois observées, aucun individu n'a été détecté dans le massif des Pitons du Carbet durant l'étude,
- la chèvre privilégie quant à elle les habitats naturels et s'observe jusqu'à 900 mètres d'altitude,
- le chat se cantonne aux basses altitudes.
Extrait en images des espèces observées au cours de l’étude
À noter, de nombreux oiseaux ont également été pris au piège photo automatique : colombe rouviolette, merle à lunette, tourterelle à queue carré, père noir, colibri madère, bihoreau violacé, colibri huppé, solitaire siffleur.
Piège photo automatique installé sur le terrain pour le projet Refem (Adélie Paris, OFB)
Cartes des probabilités d’occupation pour la chèvre férale, l’Opossum commun, le chat, la Petite mangouste indienne, le Raton laveur et le cochon féral (Projet Refem, Martinique, 2025, OFB)
Rôle de l'image
Cette planche comparative présente les résultats d'une étude sur la distribution spatiale de six espèces animales exotiques en Martinique, avec des cartes de probabilité d'occupation basées sur les données de pièges photographiques.
Description structurée
Organisation générale
Planche composée de 6 cartes disposées en 2 rangées de 3 cartes, chacune représentant une espèce différente.
Rangée supérieure
Carte 1 : Capra hircus (chèvre)
Silhouette noire de chèvre en haut à droite
Zones de forte présence (violet foncé) : majoritairement dans le sud et le centre
Zones de présence modérée (bleu-turquoise) : nord de la zone d'étude
Zones de faible présence (vert) : rares, dispersées
Carte 2 : Didelphis marsupialis (opossum)
Silhouette noire d'opossum en haut à droite
Zones de forte présence (vert vif) : quasi-totalité du territoire
Distribution très homogène sur l'ensemble de la zone
Points noirs (observations) : très nombreux et régulièrement répartis
Carte 3 : Felis catus (chat)
Silhouette noire de chat en haut à droite
Distribution bimodale :
- Zones de forte présence (violet foncé) : sud-est et nord-ouest
- Zones de présence intermédiaire (turquoise à vert) : centre et nord-est
Gradient de probabilité marqué
Rangée inférieure
Carte 4 : Herpestes auropunctatus (mangouste)
Silhouette noire de mangouste en bas à droite
Zones de très forte présence (vert vif à jaune) : quasi-totalité du territoire
Distribution la plus homogène de toutes les espèces
Probabilité d'occupation très élevée partout
Points noirs (observations) : très denses
Carte 5 : Procyon lotor (raton laveur)
Silhouette noire de raton laveur en bas à droite
Distribution homogène en turquoise/cyan
Probabilité moyenne à forte sur l'ensemble du territoire
Absence de zones à très faible probabilité
Carte 6 : Sus scrofa (cochon/sanglier)
Silhouette noire de cochon en bas à droite
Zones de très faible présence (violet foncé) : majorité du territoire sud
Zones de présence modérée (turquoise à vert) : nord de la zone
Distribution inverse de celle de la chèvre
Éléments communs à toutes les cartes
Fond de carte :
Contour de la Martinique en gris clair
Grille de quadrillage superposée
Rectangle noir : zone d'étude (Study range)
Pointillés : site patrimoine UNESCO (Unesco world heritage site)
Points d'observation (Camera traps) :
Cercles blancs : Non observed (non observé)
Points noirs : Observed (observé)
Distribution et densité variables selon les espèces
Légende commune (partie droite)
Camera traps :
○ Cercle blanc : Non observed
● Point noir : Observed
Délimitations :
Rectangle trait plein : Study range
Rectangle pointillés : Unesco world heritage site
Occupancy probability (Probabilité d'occupation) :
Échelle de couleur verticale :
Jaune : 1.00 (probabilité maximale)
Vert clair : 0.75
Turquoise/cyan : 0.50
Bleu foncé : 0.25
Violet foncé : 0.00 (probabilité nulle)
Synthèse
Cette planche comparative révèle des patterns de distribution très contrastés entre les six espèces invasives étudiées : Parmi les espèces détectées, quatre espèces exotiques sont très largement distribuées : le rat noir, la mangouste, le raton laveur et le manicou ont une probabilité d’occupation moyenne de plus de 60% sur la zone étudiée. Elles sont présentes pratiquement partout, aussi bien en périphérie des zones agricoles ou urbaines que dans des milieux d’altitude reculés et à forte naturalité.
Les espèces férales présentent une répartition plus restreinte. Le porc évite même les zones artificialisées et occupe préférentiellement les secteurs de basses et moyenne altitudes au nord et à l'ouest de la montagne Pelée. Bien que des populations y soient parfois observées, aucun individu n'a été détecté dans le massif des Pitons du Carbet durant l'étude. La chèvre privilégie quant à elle les habitats naturels et s'observe jusqu'à 900 mètres d'altitude. Le chat, se cantonne aux basses altitudes."
Un protocole d'étude basé sur une enquête auprès des exploitants agricoles
Suite à des témoignages d’agriculteurs faisant état d’importants dégâts sur leurs cultures causés par plusieurs animaux exotiques, une enquête a été réalisée. Ciblant les producteurs du nord de la Martinique entre 2024 et 2025, ses objectifs étaient de :
- quantifier l’ampleur du phénomène,
- renforcer les arguments en faveur de la gestion des effectifs d'EEE.
Les agriculteurs contactés par téléphone ou directement sur leur exploitation ont répondu à un questionnaire portant sur le profil de l’exploitation, les dégâts observés et les pratiques de lutte utilisées. Les données ont été analysées pour :
- estimer la probabilité de dégâts,
- identifier les zones à risque,
- évaluer l'influence sur cette probabilité de plusieurs variables : type de culture, proportion de forêt autour de la parcelle, etc.
Les résultats en bref
Sur les 75 agriculteurs ayant répondu à cette enquête : 83% subissaient des dégâts causés par les vertébrés exotiques.
Les espèces les plus fréquemment citées comme étant responsables de dégâts agricoles sont : le porc féral, la Perruche à collier, le Raton laveur et les rongeurs.
Des modalités de dégâts et impacts économiques différents selon les espèces
Les rongeurs :
- ils sont les animaux qui engendrent le plus fréquemment des pertes économiques : 56 % des répondants touchés,
- l’intensité de leurs attaques est faible notamment grâce à l’emploi de moyens de lutte chimique efficaces.
Le porc féral et de la perruche à collier :
- leurs attaques sont moins fréquentes en raison de leur distribution plus localisée : 25% pour le porc et 15% pour la perruche,
- mais ils engendrent des dégâts pouvant être catastrophiques avec des taux de pertes déclarés sur les cultures touchées s’élevant respectivement à 71 et 65 %.
Le raton laveur :
- ses attaques sont signalées sur l’ensemble de la zone d’étude,
- leur intensité est moyenne.
Exploitations touchées par les dégâts agricoles (à gauche) et taux de pertes moyens sur les cultures les plus affectées (à droite). Enquête auprès des agriculteurs, projet Refem (Grelot et al,OFB, 2025)
Rôle de l'image
Ce graphique en barres présente les résultats d'une enquête sur l'impact des espèces invasives sur les exploitations agricoles en Martinique, avec deux volets : la proportion d'exploitations touchées par chaque espèce et les pertes économiques moyennes déclarées.
Description structurée
Organisation générale
Le graphique est divisé en deux parties distinctes :
Partie gauche : ""Exploitations touchées (n=75)""
Partie droite : ""Pertes moyennes déclarées""
Partie gauche - Exploitations touchées (n=75)
Structure :
Graphique en barres horizontales empilées à 100%, présentant 4 espèces animales.
Espèce 1 : Rongeurs Barre bleu foncé (Avec dégâts) : 56% (n=42)
Barre gris clair (Sans dégâts) : 44% (n=33)
Total : 100%
Espèce 2 : Porc féral
Barre bleu foncé (Avec dégâts) : 25% (n=19)
Barre gris clair (Sans dégâts) : 75% (n=56)
Total : 100%
Espèce 3 : Raton laveur
Barre bleu foncé (Avec dégâts) : 23% (n=17)
Barre gris clair (Sans dégâts) : 77% (n=58)
Total : 100%
Espèce 4 : Perruche à collier Barre bleu foncé (Avec dégâts) : 15% (n=11)
Barre gris clair (Sans dégâts) : 85% (n=64)
Total : 100%
Axe horizontal : Pourcentage (%) de 0 à 100
Partie droite - Pertes moyennes déclarées
Structure :
Graphique en barres horizontales simples, présentant les mêmes 4 espèces.
Pertes par espèce :
Rongeurs : 21%
Porc féral : 71%
Raton laveur : 46%
Perruche à collier : 65%
Couleur des barres : Bleu foncé uniforme
Axe horizontal : Pourcentage (%) de 0 à 100
Légende commune (en bas du graphique)
Couleurs :
Gris clair : Sans dégâts
Bleu foncé : Avec dégâts
Axes et échelles
Axe vertical (commun aux deux graphiques) :
Liste des 4 espèces de haut en bas :
Rongeurs
Porc féral
Raton laveur
Perruche à collier
Axes horizontaux : Échelle de 0 à 100%
Graduations à 0, 20, 40, 60, 80, 100
Synthèse
Cette analyse révèle que les rongeurs affectent le plus grand nombre d'exploitations (56% des 75 exploitations enquêtées) mais causent les pertes économiques les plus faibles (21%), tandis que le porc féral, bien qu'il ne touche que 25% des exploitations, génère les pertes moyennes les plus élevées (71%). La perruche à collier et le raton laveur présentent des impacts intermédiaires, touchant respectivement 15% et 23% des exploitations avec des pertes moyennes de 65% et 46%."
Plusieurs agriculteurs ont déclaré avoir été obligés d’abandonner les cultures les plus impactées par les attaques d’animaux invasifs au profit d’autres moins sensibles.
À l'origine de l'invasion : une introduction volontaire pour lutter contre les rongeurs
La Petite mangouste indienne est un mammifère carnivore originaire d’Asie qui a été introduit en Martinique et dans de nombreuses autres îles à la fin du XIXe siècle dans le but de lutter contre la prolifération des rongeurs. Cette tentative de lutte biologique s’est avérée inefficace, notamment en raison de cycles d’activité différents entre la mangouste (diurne) et les rongeurs, majoritairement nocturnes.
Cette mangouste s’est en revanche attaquée à une multitude d’animaux natifs et a contribué à la disparition de certains reptiles endémiques.
Aujourd’hui, la mangouste est impliquée dans la prédation des pontes de trois espèces de tortues marines : la Tortue luth, la Tortue imbriquée et la Tortue verte.
Ces espèces viennent chaque année pondre entre mars et octobre sur les plages de Martinique. Elles sont pour la plupart menacées d’extinction et font l’objet d’un plan national d’actions.
Un protocole pilote mis en place pour identifier et suivre les nids de tortues marines
Depuis 2012, la population de mangoustes des plages du nord fait l’objet d’une régulation par piégeage pendant la période de ponte, mais les effets de ces actions sur le succès de nidification des tortues n’avaient jamais été évalués. Les objectifs de l'étude sont donc :
- de quantifier l’impact de la mangouste sur la survie des pontes de tortues marines,
- d'évaluer l’efficacité des actions de régulation
Un protocole pilote d’identification des nids et de suivi de leur devenir a été mis en place, permettant de mesurer le taux de prédation des pontes par la mangouste.
- Dans une 1re phase de suivi, chaque nouvelle trace de tortue pour lesquelles l’observateur estime qu’il y a eu une ponte est identifiée et la position du nid supposé est marquée par des repères installés dans la végétation.
- Lors des passages suivants, le statut des nids identifiés précédemment est noté, à savoir « intact », « prédaté », « érodé » ou « noyé ». Si le nid n’a pas été perturbé après 2 mois, alors il est présumé avoir donné lieu à une émergence.
Les résultats en chiffres
Sur les 32 nids suivis :
- 18,75 % prédatés,
- 18,75 % érodés ou noyés par les fortes houles,
- 62,5 % auraient donné lieu à une émergence.
À noter : ce taux de prédation est plus élevé que celui relevé à la Barbade, où il avait été estimé à 39 %, et réduite à 10 % après la mise en place d'action de régulation de la mangouste ; Barrow, Blades, Springer, 2023).
Le taux de prédation supérieur à celui attendu pourrait s’expliquer par l'efficacité moindre des actions de piégeage menées cette année, marquée par des disfonctionnements des pièges en début de saison qui pourront être améliorés la saison prochaine.
Ces résultats restent encourageants et les actions sont à poursuivre en augmentant la fréquence des suivis, permettant d'évaluer plus finement l'impact des actions de régulation et d'optimiser leur efficacité.
Tortues luth juvéniles sur la plage, Parc naturel marin de Martinique (David Laffite, OFB)
Contacts
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Fabian Rateau
Responsable de l'Unité technique et connaissance Antilles
Aller plus loin
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Les espèces exotiques envahissantes, une menace complexe pour la biodiversité
- Espèces exotiques envahissantes
- Espèces
Les espèces exotiques envahissantes (EEE) sont des espèces exogènes au territoire considéré à une date donnée, introduites par ou avec les humains, de manière volontaire ou fortuite. Leur introduction, implantation et propagation dans cet environnement hors de leur aire de répartition naturelle menacent les espèces indigènes, les habitats naturels et/ou les écosystèmes. Les conséquences peuvent alors être négatives, qu'elles soient environnementales et/ou économiques et/ou sanitaires.
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Reptiles endémiques et vertébrés introduits de l'archipel des Saintes - Répartition, abondance et mesures de gestion
- Comprendre pour agir
L’archipel des Saintes est un ensemble de neuf îles et îlets situés au sud de la Guadeloupe, il qui accueille une biodiversité atypique avec un fort taux d’endémisme. Plusieurs espèces de reptiles terrestres sont menacées d’extinction, notamment en raison des pressions imposées par les animaux introduits, qu'ils soient domestiques ou exotiques envahissants. Une étude menée de 2021 à 2023 permet de mieux connaître l’état des populations de reptiles menacés et de vertébrés envahissants, et d’identifier les actions de gestion à mettre en œuvre pour limiter le risque d’extinction.
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Les espèces exotiques envahissantes, une menace pour la biodiversité des outre-mer français
- Plaquette & fascicule
Se mobiliser contre les espèces, dites « espèces exotiques envahissantes », est devenu un enjeu mondial. Des règlementations, législations et stratégies d’action sont mises en place pour alerter, surveiller et freiner cette menace croissante.
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Les espèces exotiques envahissantes
- Espèces
- Changement climatique
Les espèces exotiques envahissantes (EEE) représentent aujourd’hui l’une des principales menaces pour la biodiversité mondiale. En France, l’Office français de la biodiversité (OFB) agit, aux côtés de ses partenaires, pour prévenir leur introduction, limiter leur propagation et accompagner les acteurs locaux dans la gestion de ces invasions biologiques.