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Le 17 janvier 2026 marquait l’entrée en vigueur de l’accord international sur la haute mer (dit BBNJ – Biodiversity Beyond National Juridiction), qui établit pour la première fois un cadre juridique mondial pour la protection de la biodiversité en haute mer. L’Office français de la biodiversité (OFB) est engagé concrètement dans la mise en œuvre de cet accord en soutenant et en coordonnant plusieurs projets innovants.
Des projets pour transformer les ambitions internationales en actions concrètes
La haute mer, qui désigne les zones situées au-delà des 200 miles nautiques des côtes (environ 370 km) hors des juridictions nationales, concentre une biodiversité exceptionnelle tout en restant largement méconnue et exposée à de multiples pressions : surpêche, trafic maritime, pollution et changement climatique. L’entrée en vigueur du traité BBNJ ouvre une nouvelle ère de coopération internationale, mais sa réussite repose sur des bases solides : connaissances scientifiques, outils d’aide à la décision et modèles de gouvernance adaptés à des espaces vastes, dynamiques et transfrontaliers.
C’est précisément sur ces leviers que l’OFB souhaite agir, à travers le financement, le suivi et la coordination de projets sur des sites pilotes pour de futures aires marines protégées en haute mer.
Plankt’Eco : mieux comprendre l’invisible
Porté par la Fondation Tara, le projet Plankt’Eco, vise à développer un outil cartographique appelé KOPAs (Key Ocean Planktonic Areas) permettant d’identifier les zones océaniques où les fonctions clés du plancton (pompe à carbone, productivité primaire, biodiversité) sont particulièrement intenses.
Après une phase de conception et de déploiement au Chili, où l’outil a été officiellement présenté par le gouvernement lors de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques de 2025 à Belém, la méthodologie est progressivement transférée vers d’autres régions stratégiques, notamment le site pilote du Dôme thermal dans l’océan Pacifique Est tropical et l’Afrique de l’Ouest. L’objectif est double : identifier des zones à protéger pour appuyer la création et la gestion d’aires marines protégées et renforcer les capacités scientifiques et décisionnelles des pays partenaires.
Lancé en 2023 pour quatre ans, Plankt’Eco représente un budget total de 10,7 millions d’euros, cofinancé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM). L’OFB y contribue financièrement et accompagne l’intégration des connaissances produites dans les cadres internationaux de gouvernance de l’océan.
SARGADOM : gouverner des écosystèmes dynamiques et transfrontaliers
Comment protéger des écosystèmes marins mobiles, dont les contours varient selon les saisons et les courants ? Le projet SARGADOM, copiloté par l’OFB en partenariat avec l'Université de Bretagne Occidentale (UBO), apporte des réponses concrètes à cette question à travers deux sites emblématiques : le Dôme thermal situé au large des côtes pacifiques de l’Amérique centrale et la mer des Sargasses dans l’Atlantique Nord-Ouest.
Sur chacun de ces sites, une analyse des menaces, des impacts et de la gouvernance a été menée pour élaborer des programmes d'actions stratégiques afin de proposer les mesures de conservation et de gestion prioritaires auprès des décideurs.
Ces travaux ont déjà permis des avancées concrètes, comme la reconnaissance du Dôme thermal en tant que zone importante pour les mammifères marins (IMMA) et pour les requins et les raies (ISRA), ainsi qu’une candidature en cours comme zone marine particulièrement sensible auprès de l’Organisation maritime internationale.
AMPANI : préparer une aire marine protégée transfrontalière dans le sud-ouest de l’océan Indien
Le projet AMPANI s'inscrit dans la portion en haute mer, entre l'Afrique du Sud et les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Il vise à créer les contours, sur la période 2025-2029, de la proposition d’une future aire marine protégée en haute mer connectée à des aires marines protégées existantes dans les eaux territoriales, notamment autour des îles Prince Edward et de l’archipel de Crozet.
Dans ce projet soutenu par l’Agence française de développement, l’OFB joue un rôle central de coordination et d’animation, en s’appuyant sur sa connaissance des acteurs locaux. L’objectif est de renforcer la connectivité écologique des réseaux d’aires marines protégées, tout en articulant la future gouvernance avec les cadres sectoriels existants, comme les écosystèmes marins vulnérables des organisations régionales de gestion des pêches.
L’OFB accompagne également des travaux portés par l’IDDRI pour anticiper les coûts de gestion, ainsi que les modalités de contrôle et de surveillance de ces futures aires protégées en haute mer, un enjeu déterminant pour l’application concrète du traité BBNJ. Il accompagne aussi ceux de l’UICN pour mobiliser l’expertise scientifique sur les enjeux des zones en haute mer, en contribution aux négociations sur l’accord BBNJ.
Des fondations solides pour la mise en œuvre du traité BBNJ
L’entrée en vigueur de l’accord BBNJ constitue une étape majeure pour la protection de la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales. Mais son efficacité dépendra de la capacité des États et des institutions à s’appuyer sur des connaissances scientifiques robustes, des outils éprouvés et des modèles de gouvernance innovants et adaptés aux réalités du terrain.
À travers les projets Plankt’Eco, SARGADOM et AMPANI, l’OFB contribue activement à construire ces fondations. De l’infiniment petit du plancton aux vastes écosystèmes dynamiques et connectés de la haute mer, ces initiatives illustrent l’engagement de l’OFB pour une protection effective, inclusive, ambitieuse et durable des océans.