Crédit photo : Sébastien Lamy
Cours d’eau à sec, faune et flore en détresse, forêts qui brûlent : l’été 2026 a mis la nature à rude épreuve. Face à cette sécheresse hors norme, l’OFB s’est mobilisé sur le terrain. Mais la crise n’est pas finie.
Des milieux aquatiques fragilisés
Cet été, la France a connu une sécheresse exceptionnelle par son intensité, son étendue et sa durée. À la mi-septembre, 75 départements sur 101 étaient encore au niveau maximal de restriction des usages de l’eau. Les petits cours d’eau sont en première ligne : leurs assecs atteignent des niveaux jamais observés en quinze ans de suivi. Fin septembre, sur un peu plus de 3 300 stations d’observation des petits cours d’eau, 1 594 étaient complètement à sec ou en rupture d’écoulement, soit près de la moitié.
Pour plus de détails et mesurer cette évolution, l’OFB a diffusé chaque mois, tout au long de l’été, la carte des assecs.
Avec moins d’eau et des températures plus élevées, les poissons manquent d’oxygène et meurent en nombre dans plusieurs rivières. Le changement climatique aggrave le phénomène : en asséchant sols et végétation, il favorise à la fois les assecs et les incendies.
Faune et flore : des effets souvent invisibles
Les animaux retrouvés morts ne sont que la partie visible du problème et beaucoup d’effets ne se verront que dans les mois ou les années à venir. Les poissons, les écrevisses, les moules d’eau douce, mais aussi les oiseaux, les chauves-souris et les mammifères sont touchés. Les incendies ont en outre ravagé des espaces naturels précieux, dont près de 1 600 hectares parmi les plus protégés de France. Plus de 100 000 hectares de forêt sont par ailleurs partis en fumée cet été et, en Gironde, plus de 60 espèces menacées ou protégées ont été exposées aux incendies.
Les arbres souffrent aussi. La forêt française compte aujourd’hui environ 1 million d’hectares en dépérissement, contre 300 000 il y a dix ans, alors même que sa surface continue de progresser.
Le plus inquiétant est la répétition des épisodes. La nature sait se régénérer, mais il lui faut du temps : la tortue d’Hermann, par exemple, ne se remet pas de deux incendies espacés de moins de 25 ans. Elle récupère mieux quand elle dispose de zones refuges, de zones humides et de milieux reliés entre eux.
Une mobilisation historique de l’OFB sur le terrain
Les agents de l’OFB ont réalisé de juin à septembre plus de 16 000 contrôles pour vérifier le respect des arrêtés de restrictions d’eau. Il s’agit d’une mobilisation historique depuis la création de l’OFB, avec un volume de contrôles en hausse de 30 % par rapport à la crise de 2022.
Ces contrôles ont concerné tous les usages et tous les usagers de l’eau : particuliers, agriculteurs, collectivités et entreprises, selon les priorités fixées avec les préfets. À travers la crise estivale, le Gouvernement a fait de la sécheresse et de la protection de l’alimentation en eau potable de la population l’une de ses priorités, que les préfets sont chargés de décliner selon les enjeux propres à leur territoire.
Graphique de répartition du nombre d'usagers contrôlés de juin à septembre dans le cadre des contrôles sécheresse :
- Acteurs sylvicoles : 0,01 %
- Agriculteurs et autres acteurs agricoles : 24,73 %
- Autre : 1,08 %
- Collectivités : 21,53 %
- Particuliers (usagers de la nature et gestionnaires d'une propriété) : 37,35 %
- Entreprises : 15,32 %
Ces contrôles permettent de s’assurer que les prélèvements sont conformes aux règles qui ont été édictées, par souci d’équité et pour protéger la ressource. Ils ont aussi une vertu pédagogique et contribuent à faire évoluer les comportements. De juin à septembre 2026, seuls 1 211 contrôles, soit un peu plus de 7 % du total, ont révélé des manquements et ont été suivis de réponses administratives ou judiciaires adaptées à leur gravité.
Évolution du nombre de contrôles sécheresse de l'OFB par année :
- 2020 : 3402
- 2021 : 1057
- 2022 : 10700
- 2023 : 8500
- 2024 : 2020
- 2025 : 4838
- 2026 : 16318
S’appuyer sur la nature
Végétaliser, redonner de la place aux zones humides, restaurer les rivières : les Solutions fondées sur la Nature (SfN) sont une bonne réponse pour s’adapter au changement climatique.
À la différence des solutions grises (retenues d’eau, digues, climatisation), elles sont flexibles et évolutives. Elles sont aussi plus économiques à long terme dans 95 % des cas.
En ville, rendre aux sols leur perméabilité et planter des arbres permet de rafraîchir l’air. Cela aide aussi la pluie à s’infiltrer dans le sol plutôt que de ruisseler. À la campagne, les zones humides jouent le rôle d’éponges qui stockent l’eau quand il pleut et la restituent en période sèche. Les rivières qui retrouvent leurs méandres et leur végétation rafraîchissent leurs abords de 6 à 7 °C, et des forêts gérées de façon plus diversifiée retiennent mieux l’eau.
L’OFB accompagne la mise en place de Solutions fondées sur la Nature à travers de nombreux programmes comme le LIFE ARTISAN ou Mission Nature. Il apporte aussi son expertise au plan national d’adaptation au changement climatique et au futur Plan national de restauration de la nature.
Pour se former, l’OFB a lancé un MOOC sur les SfN qui réunit 43 intervenants aux expertises complémentaires : praticiens, élus, chercheurs, entreprises, associations, issus de territoires ruraux, littoraux et urbains en Hexagone et Outre-Mer. Cette formation en ligne, 100 % gratuite, vous accompagnera pour comprendre, agir et transformer vos pratiques.
Une vigilance à maintenir
La fin de l’été ne signe pas la fin de la crise. La sécheresse reste installée et aucune amélioration rapide n’est attendue. Début octobre, 64 000 habitants n’avaient toujours pas d’eau au robinet et deux tiers des nappes phréatiques restaient sous les niveaux habituels pour la saison. Les pluies d’automne et la recharge hivernale seront décisives pour que rivières, sols et nappes se reconstituent. Les effets de 2026 se mesureront encore pendant des années.
Les enjeux dépassent la nature : la Banque centrale européenne a alerté sur le fait que la sécheresse et la dégradation de l’eau menacent potentiellement 15 % du PIB de la zone euro.