En amont de leur surveillance réglementaire ou pour l'optimiser, il est nécessaire d'appréhender la distribution des contaminants dans l'environnement aquatique, et comprendre les déterminants de leur transfert dans les divers compartiments : eaux, sédiments, biote. Cette connaissance s'acquiert au travers de campagnes prospectives sur le terrain, à diverses échelles. Pour les contaminants dits « émergents », l'évaluation des risques potentiels n’est pas encore suffisamment mûrie pour justifier leur intégration dans des dispositions réglementaires.
Ces dernières années, l'OFB a pu soutenir des projets pilotes sur des familles d'émergents aussi diverses que les agents conservateurs dans les produits cosmétiques , les résidus de médicaments à usages humains, ou vétérinaires, les résidus de drogues illicites, ou encore les biocides et détergents à usages hospitaliers ou domestiques.
Les campagnes nationales de surveillance prospective
Des campagnes prospectives de mesures sur les contaminants émergents ont été menées avec le soutien de l'Onema puis de l'OFB depuis 2012, avec la collaboration des agences de l'eau. Lorsqu'elles sont menées dans les eaux de rejet, ces campagnes permettent notamment d'identifier puis de prioriser les enjeux polluants au sein d'un territoire urbanisés, en vue de mener des actions correctives sur les sources émettrices. Lorsqu'elles sont menées dans les milieux à l'échelle nationale, elles permettent d'identifier les contaminants les plus récurrents et ainsi de mettre à jour les liste de molécules à surveiller réglementairement.
Dans le même temps la France mène depuis 2017 sur son territoire et au travers du RSP la surveillance de la liste de vigilance européenne, contribuant ainsi à l'identification des substances de l'état chimique des eaux de surface des futurs cycles DCE, en y intégrant des molécules telles que des antibiotiques, des hormones ou encore des néonicotinoïdes. Le bilan 2019 de ces mesures a été rendu disponible par Aquaref .
Eaux souterraines
Toujours dans le cadre RSP, le BRGM a établi un bilan des apports des campagnes prospectives sur la performance de la surveillance chimique réglementaire des eaux souterraines.
Eaux littorales
En tâche de fond et en parallèle de ces campagnes continentales l’OFB a encouragé depuis 2012 la veille active par Ifremer de la présence et de l’évolution interannuelle dans les mollusques du littoral de certains polluants organiques particulièrement persistants (retardateurs de flamme bromés, perfluorés, muscs synthétiques des produits cosmétiques, ..) Ces données sont précieuses car, de par leur localisation en proximité des estuaires, elles intègrent les effets cumulés des activités humaines de larges bassins versant situés en amont.
Sédiments marins et fluviaux
En 2009, l’Ineris a entrepris une valorisation statistique des données nationales disponibles sur les analyses en contaminants « conventionnels » (métaux, PCB, HAP) dans les sédiments marins et fluviaux.
Ces deux rapports décrivent les variations géographiques de la qualité des sédiments, notamment au regard des seuils réglementaires existants (seuils GEODE N1 et N2 pour les sédiments marins, seuil S1 pour les sédiments de cours d’eau ou canaux).
En 2011, l’Ineris avait également réalisé une synthèse des données françaises disponibles sur les teneurs mesurées dans les sédiments fluviaux pour les substances prioritaires DCE, ainsi que certaines substances d’intérêt émergent : composés organostanniques, bisphénol A…
Études sur le transfert des contaminants vers les ressources et écosystèmes
De nombreux exercices exploratoires "pilotes" ont été menés avec le soutien de l'OFB à des échelles locales, afin d'identifier, de cartographier et d'interpréter la présence de contaminants émergents dans les milieux aquatiques et les ressources en eau (pour les études sur les eaux urbaines, voir Sources et flux de polluants vers les milieux aquatiques).
Priorisation des contaminants émergents
Un 1er référentiel national de priorisation des substances, visant à identifier les nouvelles substances pour lesquelles développer des actions contribuant à la protection de l’environnement, avait été défini dès 2011. Ce référentiel a été élaboré par le comité d’experts en charge de la priorisation des substances (CEP), mis en place en 2010. Une forte interaction existe par ailleurs entre ces développements nationaux et les activités du réseau européen Norman sur les substances émergentes. L’OFB soutient l’animation de ce réseau par l’Ineris, réseau qui a, après 10 ans d'existence, acquis une reconnaissance importante, notamment au niveau des instances communautaires.
Le référentiel CEP a servi depuis à identifier de nouvelles substances à prendre en compte dans l’évaluation de l’état écologique des eaux de surface, ainsi que les substances dites "pertinentes à surveiller" (SPAS) pour lesquelles une amélioration des connaissances est nécessaire, notamment au travers d’une surveillance adaptée au niveau national, réalisée par les agences de l'eau lors du second cycle DCE 2016-2021.
A cet égard l'Ineris a récemment pu exploiter les données SPAS 2016-2018 pour pointer de nouvelles substances engendrant des risques d'atteinte à l'état écologique DCE .
Scores de priorisation pour les médicaments à surveiller sur le réseau DCE national (SPAS)
Une application de ce référentiel CEP a récemment été mise en oeuvre à l'échelle locale dans le cadre d'un diagnostic micropolluants sur le territoire de Bordeaux Métropole.
Aller plus loin
- Surveillance des micropolluants dans les milieux aquatiques : des avancées récentes - Synthèse eaufrance N°13 (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- Campagne nationale d’occurrence des résidus de médicaments dans les eaux destinées à la consommation humaine (Anses) (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- Résidus de médicaments dans les cours d’eau du bassin Artois-Picardie (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- Réseau européen NORMAN sur les substances émergentes (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- Rapportage 2016 des données au titre de la DCE (ouverture dans une nouvelle fenêtre)