Porcs féraux. Crédit photo : OFB
Dans le cadre du projet REFEM, l'OFB a mené entre 2024 et 2025 une enquête auprès de plusieurs dizaines d’agriculteurs du nord de la Martinique. Les résultats publiés en décembre dernier dressent pour la première fois l'étendue des dommages causés par les animaux envahissants, et ouvrent la voie à des actions de gestion concertées.
Le projet REFEM
Depuis 2024, l’OFB mène en partenariat avec l’ONF et avec le soutien financier de FDJ UNITED, le projet REFEM (REstaurer les Forêts et Espèces menacées de Martinique) qui vise à améliorer la connaissance de la faune vertébrée exotique des volcans et forêts de la Montagne Pelée et des Pitons du nord de la Martinique.
Mis en œuvre sur une durée de deux ans, de juillet 2024 à juillet 2026, il se décline en trois objectifs :
- Établir un état des lieux de la présence des vertébrés exotiques dans les forêts de la Montagne Pelée et des Pitons du Carbet ;
- Évaluer l’impact des vertébrés exotiques sur la biodiversité et les usages humains ;
- Valoriser le projet et partager des connaissances avec le grand public.
Les agriculteurs, victimes des espèces exotiques
Dans le nord de la Martinique, plusieurs témoignages d’agriculteurs faisaient part de l’existence d’importants dégâts agricoles causés par des mammifères et oiseaux exotiques.
Afin de quantifier l’ampleur du phénomène et renforcer les arguments en faveur d’une gestion des effectifs de ces populations invasives, une enquête menée par l’OFB a été réalisée, dans le cadre du projet REFEM, entre 2024 et 2025 auprès des agriculteurs du nord de la Martinique. Des rencontres avec la Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DAAF), la chambre d’agriculture, la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (FREDON) les municipalités et des coopératives agricoles ainsi qu’un important travail de terrain ont permis de rassembler des contacts d‘exploitants. Ces personnes ont été contactées par un agent de l’OFB qui les a interrogés sur leur exploitation, les dégâts liés aux animaux envahissants et les moyens de lutte auquel elles ont recours.
Les résultats de l’enquête
Au total, 75 agriculteurs ont répondu à cette enquête.
Les résultats publiés en décembre 2025 montrent que plus de 80 % des agriculteurs du nord de la Martinique subissent des dégâts causés par les vertébrés envahissants. Certaines exploitations connaissent des taux moyens de perte supérieurs à 70 % de la production sur les cultures vulnérables.
Sept espèces ou groupes d’espèces ont été désignés par les agriculteurs comme responsables de dégâts agricoles, dont quatre concentrent l’essentiel des témoignages : les rongeurs, le porc féral, le raton laveur et la perruche à collier.
Les rongeurs (souris domestique, rat surmulot et rat noir) ont été introduits involontairement dès le XVIe siècle. Ils constituent la menace la plus répandue, affectant la moitié des exploitations agricoles. Leurs dégâts restent toutefois contenus grâce au recours à des méthodes de lutte chimique.
Le porc féral représente, quant à lui, la menace la plus destructrice. Issu d'animaux domestiques retournés à l'état sauvage, il forme des colonies dans le nord de l'île et sévit dans un quart des exploitations, avec des taux de pertes dépassant en moyenne 70 % sur les cultures touchées. Les productions maraîchères, et particulièrement les tubercules tels que l'igname et la patate douce, sont ses cibles privilégiées.
Le raton laveur, présent en Martinique depuis au moins le début du XXe siècle, affecte lui aussi environ un quart des exploitations, en s'attaquant aux cultures arboricoles et maraîchères avec des taux de dégâts moyens de l'ordre de 50 %.
Introduite plus récemment, la perruche à collier, originaire d'Afrique subsaharienne et d'Inde, s'est rapidement multipliée sur l'île. Les premières atteintes aux cultures ont été signalées vers 2020 et se sont progressivement étendues pour atteindre aujourd’hui 15% des exploitations contactées. Elles causent des dégâts importants sur l'arboriculture générant plus de 60% de pertes sur les cultures concernées : maracuja, pomme liane, cacao, ramboutan et pitaya.
Face à ces pressions, certains agriculteurs ont été contraints d'abandonner des cultures entières au profit de variétés moins vulnérables, témoignant d'un impact qui dépasse le cadre des pertes ponctuelles pour affecter durablement les orientations productives des exploitations.
L’enquête permet également de dresser une première cartographie des zones agricoles impactées : les parcelles situées au nord-est de la Martinique sont plus à risque de connaitre des dégâts causés par la perruche à collier, celles au nord-ouest de l’île sont davantage sujettes aux dégradations causées par le porc féral.
Au-delà des dommages causés à la filière agricole, des entretiens conduits avec les municipalités ont révélé de fortes inquiétudes concernant les risques pour la santé humaine liés à la dégradation de la qualité des eaux potables et de baignade par les déjections des porcs féraux notamment.
Pour se prémunir des dégâts causés par les vertébrés exotiques, les agriculteurs martiniquais ont recours à une diversité de moyens de protection et de lutte. Les solutions mises en place comprennent des mesures de protection physique comme la pose de filets anti-perruches ou de clôtures électriques anti-porcs ainsi que la régulation des effectifs par lutte chimique, piégeage ou tir.
Cette étude aura permis d'identifier les espèces les plus problématiques pour l'agriculture du nord de la Martinique et d’estimer l'ampleur des nuisances qu'elles génèrent. Ces connaissances fournissent aux gestionnaires des éléments supplémentaires nécessaires pour justifier la mise en place d'actions de régulation des espèces invasives pour aider les agriculteurs à mettre en place des protections adéquates.