Le recours à des techniques innovantes ou alternatives pour le diagnostic de la qualité aquatique est une nécessité, afin notamment de pouvoir appréhender de la façon la plus complète possible les incidences des multiples contaminations, qui s’exercent à des teneurs parfois infimes.
Échantillonneurs et capteurs in-situ
La qualité des données issues de la surveillance est conditionnée par l’utilisation de méthodes et de technologies de prélèvement et d’analyse fiabilisées.
Un premier retour d’expérience sur les résultats de la surveillance a permis de mettre en évidence des difficultés récurrentes à quantifier dans l’eau certaines substances organiques et des métaux traces, à des niveaux de concentration proches des normes de qualité environnementale (NQE).
De plus, afin de tenir compte des effets ecotoxiques chroniques sur les organismes du milieu, la DCE exige une évaluation de l’état de contamination représentative de durées longues ; à cet égard le recours à des séries limitées de prélèvements ponctuels permet difficilement d’assurer cette évaluation dans le cas courant où les pressions polluantes ou le milieu sont soumis à des variations significatives au cours du temps.
Préparation des échantillons au laboratoire
La préparation des échantillons au laboratoire, avant leur introduction dans la chaîne d’analyse, constitue un autre levier important pour permettre ou pour optimiser une quantification des polluants compatible avec les exigences de sensibilité et de précision requises par la réglementation, qui plus est dans des conditions de coût acceptables.
Le consortium Aquaref a évalué plusieurs options techniques d’extraction ou de pré concentration, qu’il s’agisse de l’utilisation des barreaux SBSE pour l’analyse des substances organiques halogénées ou de pesticides dans l’eau, de la technique du "speed disk" pour les organochlorés, de la préconcentration en ligne pour les perfluorés et plus récemment de la technique « Quechers » (Quick, Easy, Cheap, Effective, Rugged and Safe) appliquée pour les HAP, PCB, PBDE et pesticides dans les sédiments, et le biote.
Un état des lieux des pratiques des laboratoires pour ces techniques d’extraction récentes a été réalisé par Aquaref.
Enfin la prise en charge en labo des extraits issus des échantillonneurs passifs avait également fait l’objet de recommandations spécifiques.
Analyse
Deux grands défis (au moins !) se posent aux chimistes impliqués dans la surveillance des milieux aquatiques.
- La détection et la quantification des substances les plus hydrophiles et ionisables (dites substances "polaires"), jusqu'à présent encore difficile voire impossible à réaliser en conditions de routine pour les laboratoires. Ces composés sont particulièrement mobiles et induisent des enjeux pour la qualité des eaux, notamment souterraines.
- L'identification et la quantification de composés non identifiés présents dans les échantillons, qui sont désormais détectés par milliers grâce aux nouvelles techniques de spectrométrie de masse à haute résolution. En d'autres termes l'analyse dite "non ciblée".
Divers partenaires de l'OFB ont ces dernières années contribué à faire progresser ces deux sujets.
Développements analytiques pour les contaminants émergents
La chimie analytique a fait des progrès spectaculaires ces 2 dernières décennies, mais l’analyse de molécules émergentes, c’est-à-dire souvent peu étudiées, constitue à chaque fois un défi à relever pour les laboratoires.
Au-delà de l’identification des molécules à enjeux, il est donc essentiel d’explorer et de consolider les protocoles permettant leur mesure. C’est ainsi que les partenaires de l’AFB, et notamment Aquaref, ont été encouragés dans leurs récentes initiatives visant à établir les performances atteignables des méthodes analytiques, pour un certain nombre de familles de micropolluants.
Ainsi, en phase avec les priorités du récent Plan national Santé Environnement (PNSE3), un état des lieux approfondi a abouti en 2018 concernant les métabolites de pesticides.
Dans le cadre de l'appel à projets sur les micropolluants des eaux urbaines, plusieurs projets ont produits des avancées sur la caractérisation de contaminants émergents dans les eaux résiduaires et les milieux récepteurs:
- le projet Cosmet'Eau à Paris s'est focalisé sur les résidus de cosmétiques, en examinant les innovations existantes dans
- les méthodes d’analyse chimique pour ces contaminants, puis en développant des méthodes spécifiques pour différents agents conservateurs (triclosan, triclocarban, parabènes et substituants des parabènes). Parallèlement Aquaref a produit récemment des recommandations analytiques concernant certains résidus de cosmétiques accumulés dans les sédiments, tels les muscs ou le méthyltriclosan.
- Le projet Biotech à Poitiers a investigué la faisabilité de l'analyse de résidus de produits biocides hospitaliers ou domestiques dans les réseaux d'assainissement.
- Le projet Rilact s'est concentré sur des développements analytiques concernant les détergents et biocides hospitaliers, ainsi que sur certains métabolites de médicaments (Diclofénac et Sulfaméthoxazole). Il a également pu étudier la dégradation des résidus de médicaments au sein de conduites d'eaux usées.
- Le projet Seneur en Martinique s'est pour sa part intéressé aux spécificités analytiques liées aux eaux résiduaires tropicales, s'agissant notamment des résidus de drogues illicites.
- Le projet Regard, à Bordeaux, a abouti à des développements spécifiques sur plusieurs catégories de contaminants : un plastifiant (BPA), 6 filtres UV, 8 parabènes, 2 biocides (Triclosan et Chlorexidine) ainsi que 17 composés perfluorés.
- Le projet Rempar, à Arcachon, a bénéficié de méthodes analytiques semblables à Regard, avec un focus porté sur l'analyse des résidus de filtres UV au niveau des plages du bassin d'Arcachon.
Plusieurs études semblables avaient précédemment produit des résultats de référence concernant cette fois des résidus aqueux de médicaments, qu’il s’agisse des conditions de stabilité de ces molécules après leur prélèvement des échantillons dans le milieu (aspects traitement et conservation, ainsi que considérations sur les phases dissoutes et particulaires), ou bien encore de la réalisation d’essais inter-laboratoires consacrés à ces résidus.
Aller plus loin
- Position paper on passive sampling techniques for the monitoring of contaminants in the aquatic environment - Achievements to date and perspectives (Published in Trends in Environmental Analytical Chemistry 8 (2015) 20–26) (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- The use of passive sampling in WFD monitoring The possibilities of silicon rubber as a passive sampler (ouverture dans une nouvelle fenêtre)