Un foyer de brucellose, zoonose pouvant atteindre de nombreux mammifères, a été détecté en 2012 dans une population de bouquetins et reste actif depuis lors. Des mesures de surveillance et de lutte sont conduits par l’Office français de la biodiversité (OFB) et l'acquisition de connaissances a permis d’en optimiser la gestion. La situation s’est depuis nettement améliorée, et continue d’évoluer. Ce bilan des actions, des connaissances et de la situation est actualisé à mai 2026.
En bref
En 2012 suite à des cas humains, un foyer de brucellose est mis en évidence dans une population de bouquetins dans le massif du Bargy en Haute-Savoie. Une surveillance épidémiologique, des mesures de lutte optimisées grâce à des travaux de recherches sont menés pour assainir ce foyer, limiter la transmission aux cheptels domestiques et à l’humain, tout en préservant la faune sauvage. La situation s’est nettement améliorée depuis 2012. Toutefois l’infection circule encore activement, et sa présence est désormais avérée dans le massif des Aravis.
Les mesures doivent donc être poursuivies pour tendre vers l’extinction du foyer.
Qu’est-ce que la brucellose ?
Une maladie touchant différents mammifères dont les humains
La brucellose est une zoonose bactérienne répandue à travers le monde, due aux bactéries du genre Brucella.
Elle peut infecter la plupart des espèces de mammifères, notamment les ruminants et les suidés chez qui elle peut provoquer des avortements, une réduction de fertilité, des atteintes articulaires et testiculaires ainsi que des pertes en production laitière.
L’humain se contamine au contact d’animaux infectés, particulièrement à l’occasion des mises-bas, ou en consommant des produits laitiers crus.
Définition : la séroprévalence apparente
C'est la proportion d’animaux identifiés séropositifs à la brucellose dans la population, grâce à l'échantillon traité avec les tests de dépistage.
En cas de biais d’échantillonnage importants, elle peut être très différente de la séroprévalence réelle.
Statut réglementaire pour l'élevage français
La brucellose est surveillée et réglementée en France et en Europe.
Selon la loi de Santé animale (Règlement UE 2016/429), la brucellose est classée comme danger zoosanitaire de catégorie B, c’est-à-dire que les zones infectées doivent faire obligatoirement l’objet d'un plan d’éradication.
En France, son éradication est le fruit d’une longue lutte menée depuis les années 1960 dans les élevages de ruminants. Depuis 2005, la France est officiellement indemne de brucellose chez les bovins.
Le foyer touchant les bouquetins n’a pas changé cette situation.
Prélèvement sanguin sur un bouquetin mâle du massif du Bargy, anesthésié par fusil hypodermique lors d’une opération de capture réalisée par le service départemental 74 de l'OFB (Élodie Petit)
La découverte d’un foyer de brucellose dans le massif du Bargy
Un foyer de brucellose à Brucella melitensis a été détecté en 2012 sur la commune du Grand-Bornand, dans le massif du Bargy en Haute-Savoie dans un cheptel bovin, en lien avec la découverte de trois cas humains infectés par cette zoonose via la consommation de fromage de vache. Le dernier cas de brucellose domestique recensé localement datait de 1999, dans le même secteur sur la commune du Reposoir.
L’origine du foyer bovin étant inexpliquée, des investigations ont été menées dans les populations d’ongulés sauvages.
- Les bouquetins (Capra ibex) du massif du Bargy étaient largement infectés (séroprévalence apparente de 38% en 2012-2013) par une souche proche des celles découvertes dans les cas humains et bovins (Garin-Bastuji et al., 2014, Mick et al., 2014).
- Concernant les autres espèces de ruminants sauvages, les investigations 2012-2014 ont détecté :
- 2 cas de chamois (Rupicapra rupicapra) brucelliques (un en 2012 et un en 2013) sur 115,
- aucun cas sur 55 cerfs (Cervus elaphus) et 61 chevreuils (Capreolus capreolus) sur l’ensemble des sociétés de chasse connexes au massif du Bargy (Hars et al., 2013).
Les mesures de surveillance et de lutte ont été déployées dès la détection en 2012 de la brucellose à B. melitensis, en raison de :
- l'enjeu de santé publique,
- les enjeux économiques : filière lait et production de reblochon sur ce secteur,
- et son classement en danger sanitaire.
Elles sont adaptées régulièrement à l'évolution de la situation épidémiologique, et optimisées grâce aux connaissances acquises et techniques développées.
La surveillance sanitaire et la recherche pour mieux connaître la maladie et optimiser la lutte
Ces mesures sont coordonnées par le ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire (MASA) et, en particulier, la direction générale de l’Alimentation (DGAl).
Une surveillance continue et des mesures de lutte de plus en plus ciblées
En 2012, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), devenu Office français de la biodiversité (OFB) en 2020, a été chargé de la mise en œuvre d’un programme de surveillance épidémiologique et démographique des populations d’ongulés sauvages sur les massifs du Bargy et des Aravis. Ce programme inclut :
- le suivi épidémiologique des populations de bouquetins : captures, recaptures avec euthanasie des individus séropositifs (image et vidéo) et éventuellement tirs ciblés. Les animaux euthanasiés et abattus font l’objet d’autopsies et d’analyses bactériologiques, réalisées par le laboratoire vétérinaire départemental de la Savoie. Ces opérations sont encadrées par des arrêtés préfectoraux (s’appuyant sur des rapports d’expertise de l’Anses), dans le cadre de la police sanitaire,
- un suivi populationnel des bouquetins : estimation taille de la population, suivi de la reproduction, suivi de la migration et de l’utilisation spatiale, etc.,
- l’appui technique pour la surveillance programmée des espèces chassées, en collaboration avec les fédérations de chasse de Haute-Savoie et de Savoie.
Ces programmes sont complétés par la surveillance événementielle opérée par le réseau Sagir, avec un dispositif renforcé pour la brucellose sur les départements de Savoie et de Haute-Savoie.
Des études pour identifier les mécanismes de transmission et affiner les actions
Des travaux de recherche sont menés par l’OFB, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail (Anses) et VetAgro Sup dans le but de :
- mieux décrire les dynamiques épidémiologique et populationnelle ainsi que les comportements spatiaux,
- identifier les mécanismes expliquant la circulation de l’infection dans cette population,
- étudier les scénarios de lutte envisageables et leurs impacts par la modélisation épidémiologique. Ce volet a fait l’objet d'une thèse d’université entre 2016 et 2019 (Lambert 2019 ; Lambert et al. 2020, 2022), et actuellement d’un post-doctorat prévu entre 2024 et 2028.
De plus, l’Anses a rendu plusieurs avis et rapports sur saisines de la direction générale de l'alimentation (MASA) entre 2015 et 2026 (voir bibliographie).
Le rapport 2019 traitait de la vaccination, non recommandée comme mesure de lutte du foyer au vu des connaissances actuelles et des inconvénients posés par cet outil.
Les rapports suivants expertisent l’évolution de la situation épidémiologique et adaptent si besoin les modalités de surveillance et de lutte, en incluant notamment à partir de 2023 le massif des Aravis.
Surveiller la brucellose chez les autres espèces sauvages
La surveillance programmée à la chasse et la surveillance événementielle renforcée Sagir permettent de surveiller les espèces de la faune sauvage sensibles à Brucella melitensis et se trouvant à l’interface entre bouquetins et ruminantes domestiques dans ces massifs : cerf, chamois, chevreuil et mouflon.
La surveillance à la chasse a été étendue à partir de 2023, à la fois géographiquement et sur le spectre d’espèces, suite au foyer bovin de 2021 et à la détection d’une étagne brucellique en 2022 dans le massif des Aravis.
Le chamois est la seule autre espèce sauvage trouvée infectée depuis 2012. Cinq cas ont été détectés : en 2012, 2013, 2019, 2020 et 2024 dans le massif du Bargy (secteur Petit Bargy). Leur découverte et notamment les cas récents attestent d’une transmission de la brucellose entre bouquetins et chamois. La surveillance est donc essentielle pour cette espèce.
Évolution de la situation épidémiologique entre 2012 et 2025
Dans le massif du Bargy
- Le niveau d'infection (séroprévalence) a baissé significativement depuis 2012 pour atteindre moins de 20% dans l’ensemble du massif (figure 15 ci-dessous, Anses, 2026).
- Depuis 2021, de par le faible niveau d'infection et les tailles d'échantillon, il n'est plus possible d’interpréter l’évolution de la séroprévalence dans ce massif : elle reste faible, sans pouvoir mettre en évidence une augmentation ou une diminution significative entre les années.
- La zone cœur reste celle où se trouvent les secteurs sources d’infection (Lambert et al. 2020).
- Des indicateurs attestent d’une circulation encore active de la brucellose dans la zone cœur du massif du Bargy, issus des données récentes (2024 et 2025) :
- les individus séropositifs détectés sont des jeunes ou des animaux recapturés dans un délai court par rapport à la précédente capture, donc infectés ces dernières années,
- et/ou la bactérie a été isolée dans certains de leurs organes, indiquant un stade infectieux et un potentiel de transmission.
Précisions méthodologiques
Figure 15. Evolution des séroprévalences corrigées pour l’ensemble de la population de bouquetins, de la population des animaux marqués, et de la population des animaux non marqués du massif du Bargy, entre 2013 et 2024 (femelles en zone coeur [ZC] en rouge, mâles en ZC en vert et bouquetins (sexes confondus) en zone périphérique [ZP] en bleu) (estimations obtenues avec le modèle statistique tiré de Calenge et al, 2024, données OFB). (Anses, 2026)
Informations générales communes aux trois graphiques
Axe horizontal : années de 2013 à 2024.
Axe vertical : prévalence moyenne.
Rouge : femelles en zone cœur.
Vert : mâles en zone cœur.
Bleu : bouquetins de zone périphérique (sexes confondus).
Les estimations proviennent d’un modèle statistique cité dans la légende (Calenge et al., 2024, données OFB).
Les barres verticales indiquent l’incertitude des estimations.
Informations principales des 3 graphiques
1. Graphique « Tous les animaux »
Le graphique montre l’évolution de la séroprévalence moyenne chez l’ensemble des bouquetins du massif du Bargy entre 2013 et 2024.
Deux groupes sont représentés :
• femelles en zone coeur (courbe rouge),
• mâles en zone coeur (courbe verte),
Informations
• Les taux sont élevés au début de la période (2013-2015), surtout chez les femelles (supérieurs à 40% dans cette catégorie).
• Une forte diminution est observée entre 2015 et 2018.
• Après 2018, les valeurs restent en-dessous de 0,20 (quoique les intervalles de crédibilité supérieurs dépassent cette valeur entre 2018 et 2021) et relativement stables jusqu’en 2024.
• Les femelles présentent généralement des valeurs plus élevées que les mâles jusqu’en 2017, à partir de cette date, les valeurs sont proches entre les 2 sexes.
2. Graphique « Animaux marqués »
Ce graphique concerne uniquement les bouquetins de la zone cœur marqués et relâchés car séronégatifs au moment de la capture.
Deux groupes sont représentés :
• femelles en zone coeur (courbe rouge),
• mâles en zone coeur (courbe verte),
Informations
• Les femelles (rouge) montrent des valeurs légèrement supérieures à celles des mâles (vert) mais les intervalles crédibles (barres d’erreur) se chevauchent.
• Une tendance à une légère augmentation (non significative) apparaît entre 2015 et 2019, suivie d’une stabilisation.
• Les valeurs demeurent globalement inférieures à 0,15 sur toute la période mais les intervalles crédibles sont importants.
3. Graphique « Animaux non marqués »
Ce graphique concerne les bouquetins qui n’ont jamais été capturés en zone cœur et en zone périphérique.
Trois groupes sont représentés :
• femelles en zone coeur (courbe rouge),
• mâles en zone coeur (courbe verte),
• Mâles et femelles en zone périphérique (courbe bleue)
Informations
• Les taux sont très élevés entre 2013 et 2016, surtout chez les femelles de la zone cœur (entre 0,4 et 0,65).
• Une baisse importante survient entre 2015 et 2018.
• Les valeurs deviennent plus faibles à partir de 2018 (autour de 0,20 ou moins), malgré quelques fluctuations selon les années.
• Les femelles présentent généralement des valeurs plus élevées que les mâles jusqu’en 2017, à partir de cette date, les valeurs sont proches entre les 2 sexes.
• Depuis 2021, la situation semble stable sans qu’il soit possible de mettre en évidence une augmentation ou une diminution significative entre les années.
• La zone périphérique (bleu) conserve des valeurs faibles (autour de 0,10) et relativement stables sur l’ensemble de la période (tout sexe confondu).
Dans les Aravis
Précision : des données en cours d'acquisition
La surveillance de la zone étant récente, l'utilisation d'un modèle d’estimation de la séroprévalence corrigée est en attente de données suffisantes.
Les données populationnelles manquent, telles que la taille et la structure de la population sur ce massif. Elles sont en cours d'acquisition à mesure des campagnes de surveillance.
Associées aux données épidémiologiques, elles permettront de mieux comprendre la dynamique épidémiologique et de cibler les mesures de gestion sur ce massif.
Point sur les connaissances actuelles
Les premières données issues des suivis GPS suggèrent une organisation des femelles en sous-unités sectorisées comme dans le massif du Bargy (figure 25 ci-contre, Anses, 2026).
Sectorisation provisoire (suivi de 16 femelles bouquetins entre 2022 et 2025). Zone en pointillé rouge : observations ponctuelles de bouquetins mâles. Points verts au nord : excursions d’une femelle de 2 ans (N°890).
Figure 25. Massif des Aravis. L’extrême sud des Aravis est représenté par les pointillés rouges (données OFB). Les points colorés représentent les secteurs identifiés par suivi GPS des femelles équipées et correspondent aux zones faisant l’objet de captures (saumon : secteur « Les Fours » ; vert : secteur « Pétetry-Tré le Crot » ; bleu : secteur « La Giettaz »).
Informations principales de l’image
L’image présente une carte topographique du massif des Aravis.
Le nord est indiqué par une flèche d’orientation en haut à gauche.
Une échelle graphique de 6 km est affichée en bas de la carte.
Les coordonnées géographiques sont indiquées :
- longitude approximative de 6.35°E à 6.60°E,
- latitude approximative de 45.85°N à 46.05°N.
Le fond de carte montre le relief montagneux avec vallées, crêtes et zones boisées.
Les données sont attribuées à l’OFB (Office français de la biodiversité).
Signification des couleurs et des zones
Les points colorés représentent des secteurs identifiés grâce au suivi GPS de femelles équipées.
Ces secteurs correspondent aux zones faisant l’objet de captures.
Trois secteurs principaux sont distingués :
- secteur « Les Fours » en saumon / orange clair,
- secteur « Pététry–Tré le Crot » en vert,
- secteur « La Giettaz » en bleu.
Répartition spatiale
- Les points bleus sont localisés principalement dans la partie sud-ouest du massif.
- Les points verts occupent une zone centrale.
- Les points saumon sont situés plus au nord-est.
- Les secteurs forment une bande allongée orientée globalement du sud-ouest vers le nord-est.
- Une zone en pointillés rouges apparaît dans l’extrême sud du massif ; elle correspond à « l’extrême sud des Aravis » mentionné dans la légende.
- En 2023, le niveau d'infection (séroprévalence apparente) de l’ensemble des animaux capturés pour la première fois était de 2,8 % (avec un intervalle de confiance IC de 95 % [0,3 % - 9,8 %]), soit 2 sur 71. Les 2 individus séropositifs étaient des mâles.
- En 2024, la séroprévalence apparente de l’ensemble des animaux capturés pour la première fois était de 10,2 % (IC 95 % [3,8 % - 20,8 %]), soit 6 sur 59. Les femelles étant moins mobiles que les mâles, et responsables de plus de 90% des nouvelles infections de brucellose, la détection d’une femelle séropositive atteste de la circulation de la bactérie dans ce secteur.
- En 2023 et 2024, la bactérie a été isolée chez 5 individus parmi les 8 cas séropositifs, traduisant leur stade infectieux.
- En 2025 aucun bouquetin n’a été détecté séropositif sur les 71 testés (incluant captures et recaptures), conduisant à une séroprévalence apparente dans le massif inférieure à 4,4%. À noter : les captures ont cependant été moins fructueuses dans le secteur Petetry-Tré le Crot, où la majorité des animaux séropositifs (et en particulier la femelle) avaient été détectés en 2024.
Mise en œuvre de la surveillance et la lutte : points clés et perspectives
Le foyer étant encore actif, il est nécessaire de poursuivre les suivis épidémiologiques et populationnels ainsi que des mesures de lutte adaptées et évolutives au regard de la situation (gestion adaptative). Ces suivis et mesures de gestion s’appliquent désormais à la fois dans le massif du Bargy et dans celui des Aravis.
L’évolution de la situation épidémiologique ne peut plus être évaluée uniquement à partir de l’estimation de la séroprévalence et nécessite de prendre en compte les caractéristiques de chacun des individus séropositifs (sexe, âge, secteur de capture et résultats sérologiques et bactériologiques) et de l’échantillonnage (répartition en sexe et en secteur des animaux testés). Une nouvelle grille d’évaluation prenant en compte ces caractéristiques est proposée dans le rapport Anses, 2026.
Les travaux de modélisation sont également un outil précieux pour aider à identifier les catégories les plus à risque et prédire l’impact des mesures en fonction de l’évolution de la situation sans mettre en danger le bon état de conservation de la population de bouquetins.
Ces mesures doivent cependant prendre en compte leur faisabilité : les bouquetins sont de plus en plus difficiles à capturer sur les secteurs les plus touchés. C'est particulièrement le cas sur certains secteurs comme Petit Bargy, ainsi que dans le massif des Aravis.
Enfin, la surveillance et les mesures doivent également être maintenues chez :
- les autres ongulés sauvages : surveillance active sur les chamois, cerfs et chevreuils chassés, et événementielle via le réseau Sagir sur les bouquetins, chamois, cerfs, chevreuils et mouflons,
- et les ruminants domestiques du secteur (dépistage et application des mesures de biosécurité notamment).