La restauration hydromorphologique des cours d’eau est un enjeu environnemental majeur, visant à rétablir leurs caractéristiques physiques et dynamiques, renforcer leur résilience et restaurer la biodiversité dans un contexte de changement climatique. Depuis 2010, le suivi scientifique minimal (SSM) propose un cadre commun d’élaboration, mise en œuvre, analyse et interprétation des suivis écologiques des opérations menées. Ainsi, différents outils opérationnels s'adressent aux gestionnaires de milieux aquatiques, maîtres d’ouvrages et bureaux d’études.
Le suivi écologique de la restauration hydromorphologique : pourquoi un suivi scientifique minimal ?
Les cours d'eau de l'Hexagone ont été largement altérés au cours de l'Histoire. La restauration hydromorphologique des cours d'eau doit permettre de rétablir les caractéristiques physiques et dynamiques de ces milieux. La directive cadre sur l’eau (DCE, 2000) a pour objectif de contribuer à l’atteinte du bon état des masses d’eau. Elle a permis de lancer et de maintenir une dynamique autour de la restauration des milieux aquatiques, en synergie avec plusieurs politiques publiques françaises, telles que le plan d’action pour la restauration de la continuité écologique, la stratégie nationale pour la biodiversité ou la directive inondation. Cette dynamique est également renforcée par le règlement européen sur la restauration de la nature adopté en 2024.
La multiplication des opérations de restauration et des travaux scientifiques (en France et à l'étranger) étudiant leur efficacité ont permis de montrer des effets globalement positifs sur certains indicateurs biologiques (abondance et diversité des espèces par exemple), mais ces réponses sont variables.
Ces études ont notamment révélé que les suivis d’opérations de restauration hydromorphologique des cours d’eau sont souvent peu ou mal mis en œuvre : mauvaise construction du suivi, absence d’état initial, durée limitée.
Travaux de restauration hydromorphologique sur la Bièvre. Crédit photo : Office français de la biodiversité
Le suivi scientifique minimal : points clés
La démarche, initiée en 2010, propose un cadre commun d’élaboration, de mise en œuvre, d’analyse et d’interprétation des suivis écologiques des opérations de restauration hydromorphologique des cours d’eau. Le SSM s’appuie autant que possible sur l’ensemble des travaux scientifiques les plus récents de caractérisation de l’état des milieux, ainsi que sur les infrastructures de bancarisation existantes.
Il vise en particulier des projets ambitieux, c’est-à-dire dont les retombées attendues sur les communautés et/ou le milieu ne se limitent pas au linéaire restauré mais concernent une portion de cours d’eau plus importante pouvant aller jusqu’à l’échelle du bassin-versant.
Un guide technique opérationnel formalise les principes du SSM, et les sites bénéficiant d'un suivi de ce type peuvent se porter candidats à l'intégration au réseau des sites de démonstration (voir partie mise en œuvre).
Objectif : produire des éléments opérationnels
Les travaux visent à mettre à disposition des gestionnaires de milieux aquatiques, maîtres d’ouvrages et bureaux d’études :
- des préconisations de suivis écologiques par type d’opération de restauration,
- des protocoles standardisés,
- des infrastructures de bancarisation des données issues des suivis,
- des outils d’analyse et d’interprétation des résultats.
Des suivis standardisés pour des données exploitables
Les suivis sont réalisés sur au moins trois compartiments, obligatoires pour intégrer le réseau de sites de démonstration :
- hydromorphologie : protocole Carhyce, recueil de données physiques sur les cours d'eau prospectables à pied,
- physico-chimie : relevés de température en continu et paramètres classiques de qualité de l'eau,
- hydrobiologie : poissons, macroinvertébrés, macrophytes, diatomées.
Le guide préconise également d’autres suivis, notamment sur des compartiments tels que l’hydrologie ou la piézométrie.
Les suivis doivent appliquer le design BACI (Before After Control Impact) :
- une première phase de suivis est réalisée avant travaux pour un état initial,
- puis les protocoles du SSM sont réalisés tous les deux ans, minimum 7 ans après travaux,
- deux stations témoins sont définies pour distinguer les effets dus aux travaux de l’évolution naturelle du cours d’eau.
Quel est le domaine d’application ?
Le SSM s’applique :
- aux cours d’eau hexagonaux d’au moins 1m de largeur naturelle à pleins bords et prospectables à pied en situation non altérée,
- aux opérations de restauration visant, a minima, des objectifs biologiques et hydromorphologiques.
Ainsi les types d’opérations de restauration hydromorphologique sont :
- le reméandrage,
- la suppression d’ouvrage en travers,
- le contournement de plan d’eau,
- la remise dans le talweg,
- la reconstitution du matelas alluvial,
- la suppression des contraintes latérales,
- la modification de la géométrie du lit sans modification de l'emprise foncière,
- une combinaison de ces différents types.
A ces critères de types d’opérations de restauration s’ajoutent des préconisations concernant le dimensionnement minimal des projets à suivre.
Comment mettre en œuvre le SSM ?
Les préconisations pour la mise en œuvre du SSM sont regroupées au sein du Guide pour l'élaboration de suivis d'opérations de restauration en cours d'eau.
Vous pouvez également prendre contact pour plus d’informations : suivi.restauration (a) ofb.gouv.fr .
Un guide de référence complété de références bibliographiques
-
Guide pour l'élaboration de suivis d'opérations de restauration hydromorphologique en cours d'eau
Ce guide s’inscrit dans le cadre du projet de « Suivi scientifique minimal ». Structuré en 3 parties, il propose des préconisations de suivi dans le cadre d'opérations de restauration hydromorphologique en cours d'eau. Le suivi proposé peut être mis en place sur des cours d'eau permanents, de largeur mouillée d'au moins 1 m et prospectables à pied (hors emprise d'une retenue). Ces restrictions sont liées aux limites d'application des protocoles.
Des publications complémentaires
- Principes fondamentaux et exemple d’application du « Guide pour l’élaboration des suivis d’opérations de restauration hydromorphologique en cours d’eau ». Vivier A. et al., 2022. Naturae 2022 (5): 101-111.
- Aide à la définition d’une étude de suivi -recommandations pour des opérations de restauration de l’hydromorphologie des cours d’eau. Navarro, L., J. Peress, and J.-R. Malavoi, 2012.
- Eléments pour une harmonisation des concepts et des méthodes de suivi scientifique minimal. Volets hydromorphologie-hydroécologie. Malavoi, J.-R. and Y. Souchon, Pôle Hydroécologie des cours d'eau Onema-Cemagref Lyon MAEP-LHQ, 2010.
Partager les expériences : le réseau des sites de démonstrations et productions associées
Les sites de restauration bénéficiant d'un suivi de type SSM peuvent se porter candidats à l'intégration au réseau des sites de démonstration pour la restauration hydromorphologique des cours d'eau.
Aller plus loin
- Caractériser, suivre et évaluer la qualité de l'eau et des milieux aquatiques continentaux (et marins) dont suivi hydromorphologique
- Centre de ressources Cours d'eau (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
- Préserver et restaurer l'hydromorphologie et la continuité des cours d’eau (CDR Cours d'eau) (ouverture dans une nouvelle fenêtre)