Lynx boréal
Lynx lynx
Le lynx boréal, seul grand félin sauvage présent en France hexagonale, est une espèce menacée et strictement protégée en Europe. Cette fiche présente la morphologie, la biologie, le comportement, l'habitat, la répartition géographique, la situation et la réglementation de l'espèce.
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Allure générale
Corps relativement court sur des membres longs et des pattes larges, tête arrondie avec un museau court. Allure souple et féline, se déplaçant généralement au pas.
Lynx boréal (S. Gatti / OFB)
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Taille
- Hauteur au garrot : 50 - 75 cm
- Longueur : 85 - 130 cm (queue 15 - 23 cm)
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Poids
- 18 – 25 kg (en moyenne 20 kg pour les mâles, 18 kg pour les femelles)
- 250 - 360 g à la naissance
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Pelage
- Couleur variant gris-jaune au roux, avec le ventre, l’intérieur des membres et la poitrine plus clairs tirant jusqu’au blanc.
- Motifs à petites ou grandes taches sombres plus ou moins marquées, de type « spots » ou « ocelles » (cf. images).
- Touffe de poils (« favoris ») ornant les joues.
- Oreilles nettement pointues. « Pinceaux » de poils noirs à l’extrémité des oreilles.
- Queue courte (la plus courte de tous les félidés) terminée par un manchon noir.
Lynx au pelage à spots (OFB)
Lynx au pelage ocellé (R. Huboux)
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Distinction mâle / femelle
Il est difficile de distinguer les mâles des femelles en nature, sauf si ces dernières sont suivies de leurs jeunes.
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Confusions possibles
des jeunes lynx, dans des conditions d’observation difficiles avec le chat sauvage (Felis silvestris), voire la genette (Genetta genetta) et certaines races de chats domestiques (Bengal, Savannah).
Montage photo comparatif lynx et chat sauvage :
- haut sur membres / bas sur membres ;
- queue courte / queue longue;
- queue ponctuée / queue annelée.
Lynx et chat sauvage (OFB SD39, montage OFB DR BFC)
En Europe, le lynx montre une préférence pour l’habitat forestier, de plaine ou de montagne où il va trouver ses proies principales. La forêt offre des conditions propices à la chasse à l’affût, et des sites favorables pour les périodes de repos et la mise bas.
Le lynx est capable de vivre dans des paysages semi-naturels, ruraux avec une activité humaine permanente, mais il se tient à l’écart des zones les plus fortement anthropisées, qui sont généralement associées à des risques plus élevés (mortalité routière, destruction). Le lynx est capable de franchir des obstacles naturels (lacs, cours d’eau, montagnes) et des infrastructures (autoroutes, espaces urbanisés).
En France, le lynx est avant tout un animal forestier (M. Renaud)
L’espèce s’accommode de la présence humaine sur son territoire (réseau Loup-Lynx)
Régime alimentaire : carnivore strict
Sous nos latitudes, le lynx consomme principalement des ongulés sauvages, chevreuils, chamois et parfois des jeunes cerfs. Plus d’une trentaine de proies ont été identifiées dans son régime alimentaire, et il est fréquent que le lynx consomme des renards, des lagomorphes (lièvres d’Europe et variables), des rongeurs (campagnols, loirs, mulots, marmottes), des tétraonidés (lagopèdes, tétras) et de façon plus anecdotique, des petits carnivores (chats sauvages et domestiques, martes, fouines, blaireaux) et des sangliers. Au nord de l’Europe et en Asie, les lynx se nourrissent principalement de lagomorphes et de tétraonidés.
Le lynx est un chasseur à l’affut très efficace. L’attaque est généralement déclenchée dans les 20m et la poursuite se fait en moyenne sur moins de 45m, avec un taux de réussite estimé à en moyenne à 65% (83% pour les ongulés).
En l’absence de dérangement, le lynx va se nourrir sur sa proie pendant 3 à 7 jours (pour un ongulé adulte) et exploiter 70% à 80% de la proie. La consommation quotidienne est en moyenne de 2 à 3 kg, mais peut augmenter jusqu’à 7 kg par jour pour des femelles avec plusieurs jeunes.
L’espèce a l’habitude fréquente (60% des cas) de recouvrir ses proies par des herbes, feuilles, neige, terre…
Des comportements de charognage sont parfois observés mais restent rares.
Les cas de prédation avec multivictimes (« surplus killing ») sont également très rares.
Prédation sur un chamois en lisière de forêt dans le Jura (S. Montagnon)
Chevreuil tué par un lynx, la partie consommée (gigot) est recouverte d’herbes sèches (réseau Loup-lynx)
Reproduction et paramètres démographiques
Maturité sexuelle atteinte avant l’âge de 2 ans.
Rut : de février à mi-avril. Les femelles n’ont qu’un seul cycle ovulatoire par an et l’œstrus ne dure que deux à trois jours. Toutes les femelles ne se reproduisent pas chaque année. Pour le Jura et les Alpes suisses, en moyenne 84% et 88% des femelles se reproduisent.
Gestation : 67 - 72 jours
Naissances : mai-juin, le gîte est généralement situé dans une anfractuosité rocheuse, mais parfois dans une petite grotte, une zone d’éboulis, à l’abri des racines de chablis…
La taille des portées reste relativement constante, avec 2 petits en moyenne, mais peut monter exceptionnellement jusqu’à 4 petits. Jusqu’à l’âge de 2 à 3 semaines, les chatons sont très limités dans leurs facultés motrices, leur vue et leur capacité à réguler leur température. La femelle peut ensuite régulièrement déplacer sa portée dans d’autres gîtes, à proximité du gîte natal. A mesure que les jeunes grandissent, la femelle passe plus de temps en dehors du gîte et effectue des excursions plus longues pour chercher de la nourriture.
À 4 semaines, les jeunes commencent à s’aventurer hors du gîte et vers 2 mois ils sont capables de suivre leur mère sur de plus longues distances.
Accouplement, Vosges (A. Laurent)
Portée de 2 chatons lynx dans les Vosges du Nord en 2021 (Vivien Siat, OFB)
Femelle lynx donnant la tétée à 3 chatons (F. Corcelle)
Éléments démographiques
Survie : les périodes les plus critiques dans la survie des jeunes lynx sont celles où ils commencent à sortir du gîte puis durant la phase d’émancipation et de dispersion.
Dans le Jura et les Alpes, seulement 50% des jeunes survivent jusqu’à leur indépendance, la survie est ensuite de 70%-80% chez les adultes.
Longévité : 15-17 ans en milieu naturel.
Mode de vie : espèce solitaire
A l’exception de la période de rut ou de l’élevage des jeunes pour les femelles, le lynx vit seul.
La séparation entre la mère et les jeunes lynx subadultes, intervient en moyenne autour de leur 10e mois, chaque année entre mars et avril. C’est généralement la mère qui initie la séparation (avant l’arrivée de la nouvelle portée).
Durant cette première phase d’indépendance, les subadultes peuvent rester quelques mois au sein du domaine vital maternel, ce qui leur permettrait d’acquérir leurs premières expériences de chasse sur un territoire familier et favorable.
Les jeunes lynx en dispersion s’établissent sur des domaines vitaux définitifs à proximité de territoires occupés (dispersion en tâche d’huile).
Le lynx demeure un animal solitaire (D. Hackel)
Les distances de dispersion varient de quelques kilomètres à quelques dizaines de kilomètres (exemple : 2 à 93 km pour le Jura). Elles sont influencées par de multiples paramètres (densité locale de congénères, présence de territoires vacants, disponibilité en habitat favorable, présence d’obstacles aux déplacements des animaux, etc.) mais le phénomène de dispersion demeure largement méconnu.
Domaine vital
Le lynx est un animal territorial. Son territoire s’étend sur de vastes surfaces. Dans le Jura, les mâles occupent des domaines vitaux allant de 260 à 280 km² en moyenne, les femelles de 150 à180 km².
Les territoires d’individus du même sexe sont généralement adjacents les uns des autres avec peu de recouvrement. Le domaine vital d’un mâle peut recouper celui de plusieurs femelles. La territorialité s’exprime essentiellement par marquage jugal (glandes au niveau des joues) et urinaire, plus intense chez les mâles que chez les femelles.
Une mère lynx avec ses 3 jeunes en fin d’été, qui marque son territoire en urinant sur un tronc (J. Maistre)
Durée : 1 min 0 sec
Poids : 26634 Ko
Sons
Les communications par vocalises peuvent être entendues à plusieurs centaines de mètres en période de rut. Il existe un risque de confusion avec d’autres espèces (cf. Indices de présence).
En France, la population de lynx fait l’objet d’un suivi annuel. L’OFB est responsable de l’organisation de ce suivi, du recueil et de l’analyse des données ainsi que de la publication des résultats.
Le suivi de la population a été mis en place depuis la 1re confirmation de la présence de l’espèce en 1974 dans le département de l’Ain, avec la mise en place du Réseau lynx spécifique, qui évolue en 2002 vers un réseau multi-partenarial loup-lynx piloté par l’ONCFS (actuel OFB) à l’échelle nationale.
Situation du Lynx en France et en Europe occidentale
Espèce discrète, vivant en faible densité sur de grands territoires, comme tous les grands carnivores, le lynx est rarement vu en direct.
Son suivi repose donc sur la recherche d’indices de sa présence sur le terrain.
La répartition du lynx en France
Les données collectées et analysées sur tout le territoire français permettent au réseau Loup-lynx de réaliser le bilan de détection de présence de l’espèce. Si le fait de trouver un indice indique que l’espèce est présente, en revanche ne pas en trouver n’assure pas pour autant son absence ! De plus, afin d’éviter les biais de détection, les données utilisées pour constituer la carte comprennent les données des années antérieures. Ce bilan représente donc la détection géographique minimale du lynx sur le territoire national. Le suivi et la méthode utilisée permettent de classer les mailles en présence régulière ou occasionnelle.
L’aire de présence régulière nationale est en augmentation depuis le retour du Lynx sur le territoire. Elle est actuellement concentrée sur les 3 massifs de l’est de la France : les Vosges, le Jura et les Alpes.
Néanmoins, cette augmentation correspond surtout à la consolidation de la présence sur le massif du Jura et les situations restent contrastées suivant les massifs.
Carte de l’aire de présence détectée du lynx en France en 2025.
Rôle de l’image :
Cette carte représente l’aire de présence du lynx détectée en France en 2025, à partir des données collectées entre le 1er avril 2022 et le 31 mars 2025. La présence est représentée à l’aide d’un quadrillage de mailles de 10 × 10 kilomètres classées selon deux catégories : présence régulière ou présence occasionnelle.
La zone cartographiée couvre principalement l’est de la France.
Titre
Le titre affiché est : « Aire de présence détectée du lynx en France en 2025 »
Le sous-titre indique : « (données du 01/04/2022 au 31/03/2025) »
Fond cartographique
Le fond de carte représente : les limites départementales ; le relief ; l’occupation générale du territoire. Les départements sont identifiés par leur numéro administratif. Le relief est représenté par un ombrage vert et gris.
Une échelle graphique est représentée dans la partie inférieure droite de la carte. Elle comporte trois repères : 0 km ; 50 km ; 100 km.
Classification des mailles
Un quadrillage de mailles carrées de 10 × 10 kilomètres est superposé à la carte.
Les mailles sont concentrées dans l’est de la France. La principale zone de présence forme un ensemble continu centré sur : le Jura (39) ; le Doubs (25) ; l’Ain (01).
D’autres ensembles de mailles se prolongent : vers le Territoire de Belfort (90) ; vers les Vosges (88) ; vers le Haut-Rhin (68) ; vers le Bas-Rhin (67).
Des groupes de mailles plus isolés sont également visibles dans plusieurs départements limitrophes.
Présence régulière (en jaune), principalement :
- un noyau important couvrant les départements du Jura (39), du Doubs (25) et de l’Ain (01) ;
- un ensemble de mailles dans les Vosges et le Haut-Rhin ;
- plusieurs groupes de taille plus réduite dans les secteurs périphériques.
Présence occasionnelle (gris) :
- entourent fréquemment les secteurs de présence régulière.
- Elles apparaissent également sous forme de mailles isolées dispersées à l’ouest, au nord et au sud du noyau principal.
Mentions techniques - Un bloc de texte situé dans la partie droite de la carte mentionne :
« Source des données : Réseau Loup-lynx, Géopred » ;
« Fond cartographique : OSM Standard ; TCD 2021 (10 m) - Copernicus ; ESRI World Hillshade » ;
« Système de coordonnées : EPSG 2154 » ;
« Réalisation : OFB, juin 2026 ».
Logos
Dans la partie inférieure droite figurent : le logo de l’Office français de la biodiversité (OFB) ; le logo du réseau Loup-Lynx accompagné de silhouettes stylisées de loup et de lynx.
Synthèse
La carte présente l’aire de présence détectée du lynx en France en 2025 à l’aide d’un quadrillage de mailles de 10 × 10 kilomètres. Les mailles sont classées selon une présence régulière ou occasionnelle et montrent une répartition principalement concentrée dans les massifs du Jura et des Vosges, ainsi que dans plusieurs secteurs périphériques de l’est de la France."
Titre : Graphique de l’évolution de l’aire de présence régulière du lynx par zone géographique entre 1986 et 2025.
Ce graphique présente l’évolution de la superficie de l’aire de présence régulière du lynx entre 1986 et 2025. Les données sont représentées pour l’ensemble de la France ainsi que pour plusieurs zones géographiques : massif jurassien, massif vosgien, massif alpin, massifs forestiers intermédiaires et Massif central.
Structure générale
Le graphique est présenté en format horizontal. Il s’agit d’un graphique en courbes.
L’axe horizontal représente les années. La période représentée couvre les années : 1986 jusqu’à 2025. Des repères intermédiaires sont visibles notamment autour de : 1990 ; 2000 ; 2010 ; 2020.
L’axe vertical représente l’aire de présence régulière exprimée en kilomètres carrés (km²). Les graduations visibles comprennent notamment : 0 km² ; 5 000 km² ; 10 000 km² ; 15 000 km².
Six courbes sont représentées, précisées par la légende : France (trait noir discontinu) ; Massif jurassien (orange) ; Massif vosgien (vert) ; Massif alpin (bleu) ; Massifs forestiers intermédiaires (magenta) ; Massif Central (violet clair).
Des lignes horizontales et verticales facilitent la lecture du graphique.
La courbe France (trait noir discontinu) présente :
- une valeur inférieure à 1 000 km² à la fin des années 1980 ;
- une forte augmentation au début des années 1990 ;
- plusieurs phases de progression et de stagnation ;
- une augmentation marquée après 2018.
- En 2025, la courbe atteint une valeur supérieure à 17 000 km².
Courbe du massif jurassien (orange)
Elle suit globalement la trajectoire de la courbe nationale et montre :
- une augmentation importante au début des années 1990 ;
- plusieurs phases de progression par paliers ;
- une croissance quasi continue après 2010.
- En 2025, elle atteint une valeur proche de 11 000 km².
Il s’agit de la principale contribution à l’aire de présence régulière nationale.
Courbe du massif vosgien (vert)
Elle apparaît au début des années 1990.
Elle augmente progressivement jusqu’au milieu des années 2000.
La courbe diminue ensuite fortement durant les années 2010.
Une nouvelle augmentation est visible à partir de 2020.
En 2025, elle atteint une valeur proche de 2 000 km².
Courbe du massif alpin (bleu)
Les premières valeurs restent faibles jusque dans les années 2000.
Une augmentation progressive est visible à partir du milieu des années 2000.
Après 2015, la progression devient plus marquée.
En 2025, la courbe atteint une valeur proche de 3 000 km².
Courbe des massifs forestiers intermédiaires (magenta)
Elle reste proche de zéro pendant la majeure partie de la période.
Une augmentation apparaît dans les dernières années du graphique.
En 2025, la valeur dépasse 1 000 km².
Courbe du Massif Central (violet clair)
Elle reste très proche de zéro sur l’ensemble de la période.
Quelques variations de faible amplitude sont visibles mais demeurent limitées par rapport aux autres courbes.
Éléments complémentaires
La mention : « mis à jour le 18/06/2026 » apparaît dans l’angle inférieur droit du graphique.
Synthèse
Le graphique montre l’évolution de l’aire de présence régulière du lynx entre 1986 et 2025. La superficie nationale augmente globalement au cours de la période pour atteindre plus de 17 000 km² en 2025. Le massif jurassien représente la part la plus importante de cette aire de présence, tandis que les massifs alpin et vosgien contribuent également à son extension. Les massifs forestiers intermédiaires montrent une progression récente, alors que le Massif Central conserve des valeurs faibles sur l’ensemble de la période.
La présence du lynx en Europe occidentale
L’aire de présence est actuellement estimée à plus de 800 000 km² avec une dizaine de populations réparties sur 23 pays européens, entre la Scandinavie, le long des massifs montagneux boisés d’Europe centrale et jusqu’au sud-est dans les Balkans.
A l’exception de la population des Balkans qui ne compterait maintenant que 20 à 40 individus, les populations autochtones (scandinave, carélienne, baltique, carpatique) ont connu une expansion au cours des dernières décennies et représentent aujourd’hui les noyaux les plus importantes. Les populations issues de réintroductions établies en Europe centrale et occidentale sont généralement de petite taille et restent très fragmentées.
Répartition européenne du Lynx boréal (données 2012-2016)
Abondance et densités
Carte schématique des estimations de densités calculés sur plusieurs secteurs du massif jurassien entre 2011 et 2014 (ONCFS)
Contrairement au cas du loup, il n’y a pas d’estimation de l’effectif de la population française de lynx.
Cependant un suivi plus intensif a été réalisé sur des sites localisés pour estimer localement les densités d’animaux. Ces méthodes sont basées sur la capture photographique, l’identification individuelle des animaux grâce aux marques du pelage et l’utilisation de modèles mathématiques spécifiques (Capture-Marquage-Recapture ou CMR).
De ce suivi intensif réalisé dans le Jura français entre 2011 et 2014, ressort une densité moyenne d’environ 1 lynx pour 100 km², avec néanmoins d’importantes variations locales de densité.
Historique et évolution
Évolution historique de répartition de la population de lynx en Europe (OFB d’après Kratochvil, 1968 et Chapron et al., 2014)
Présence historique du lynx
Le lynx boréal s’est raréfié dans la plupart des régions françaises dès le 17e siècle, l’espèce a disparu au cours du 20e siècle de ses derniers bastions montagneux (cf. cartes). Les causes de cette disparition sont communes à celles des autres populations européennes de lynx : chasse, piégeage, diminution de la densité de ses proies et modification des paysages.
Au cours du 20e siècle, l'évolution des législations européennes en vigueur a laissé place à un contexte écologique favorable au retour de l'espèce : reforestation, augmentation de la densité de proies, protection de l’espèce. Dans les années 1980 le lynx a fait son retour en France en raison de ce contexte favorable et consécutivement à des opérations de réintroduction. L'espèce a été réintroduite en Suisse entre 1971 et 1976, où au moins 8 à 10 individus ont été relâchés dans 3 sites différents. Comme dans d'autres régions d'Europe de l'ouest où un retour naturel apparaissait compromis voire impossible, un programme de réintroduction a également été organisé en France, dans le Massif des Vosges, entre 1983 et 1993.
Retour progressif du lynx en France
En France, le retour du Lynx est détecté dès 1974 sur le massif jurassien, suite aux réintroductions conduites en Suisse dans les années 70. La population jurassienne a progressé constamment depuis et continue à consolider sa présence en occupant la quasi-totalité du massif. Entre 1983 et 1993, 21 lynx ont été relâchés dans le massif des Vosges dans le cadre de l’unique programme de réintroduction conduit sur le territoire. Une grande partie de ces animaux a disparu suite à des actes de braconnage (3 cas confirmés, 3 suspectés), un cas de malnutrition et deux d’entre eux, trop familiers, ont dû être recapturés. Seuls 10 individus ont finalement contribué à l’établissement initial d’une petite population fondatrice.
Sur le massif des Alpes, des réintroductions menées en Suisse (1970-76), en Slovénie (1973) et en Autriche (1977-79) et quelques renforcements subséquents ont permis de reconstituer plusieurs sous-populations. La plus importante se situe dans la partie nord-ouest des Alpes suisses. Mais l’arrivée des individus dans les Alpes côté français s’est vraisemblablement faite par quelques corridors depuis le massif du Jura via les massifs du Vuache, du Salève et de l’Epine.
Lynx équipés de colliers pour des lâchers sur le massif vosgien dans les années 1980 (réseau Lynx)
Le massif de la Chartreuse (38-73), dans les Alpes, représente la zone de présence régulière la plus méridionale du lynx en France (P-E Briaudet, OFB)
Lâchers de lynx opérés sur le massif vosgien dans les années 1980 (réseau Lynx)
Obstacles au déplacement
L’accumulation des barrières naturelles ou anthropiques sur certains secteurs et la disparition des corridors naturels potentiels entre les sous-populations freinent les possibilités de recolonisation spontanées à partir des noyaux installés.
Une mortalité majoritairement due aux activités humaines
Les études s’accordent sur le fait que les facteurs anthropiques (collisions, destructions illégales) sont principalement responsables de la mortalité des lynx dans nos régions alors que les maladies, la disponibilité en proies ou même les agressions inter ou intra-spécifique jouent un moindre rôle.
Le taux de croissance annuel potentiel est estimée à environ 20% lorsque seuls les facteurs naturels sont pris en compte, et il peut baisser jusqu’à 7% seulement quand les facteurs anthropiques sont inclus.
Cartographie des déplacements de l’individu "J2-2022-2014" entre 2023 et sa mort dans une collision routière en 2024 (OFB, Réseau Loup-lynx, 2026)
Carte des déplacements du lynx J2-2022-2014 entre 2023 et 2024.
Rôle de l’image :
Cette carte présente les localisations successives d’indices de présence attribués au lynx identifié « J2-2022-2014 » entre mai 2023 et mars 2024. Les points d’observation sont associés à des dates et reliés par des flèches indiquant la succession des localisations. La dernière localisation est associée à une collision.
Description détaillée
Structure générale
La carte est présentée en format horizontal.
Elle est composée :
- d’un titre dans la partie supérieure ;
- d’un fond cartographique montrant une partie des départements de l’Ain, de la Savoie, de l’Isère, de la Haute-Savoie et des Hautes-Alpes ;
- de points rouges représentant les indices de présence du lynx ;
- de flèches rouges reliant certains points ;
- d’étiquettes rouges contenant les dates des observations ;
- d’une légende située dans la partie droite ;
- d’une flèche du nord ;
- d’une échelle graphique ;
- de mentions de sources et de logos institutionnels.
Fond cartographique
La carte utilise un fond topographique en teintes vertes et grises.
Le relief montagneux est visible sur l’ensemble du territoire représenté.
Les limites départementales sont matérialisées par des contours noirs.
Plusieurs noms de villes sont visibles : Chambéry ; Grenoble ; Le Bourg-d’Oisans ; La Mure.
Les numéros de départements visibles comprennent notamment : 01 ; 05 ; 38 ; 73.
Indices de présence
Les indices de présence du lynx sont représentés par des points oranges. Les points sont répartis selon un axe général nord-sud.
Déplacements représentés : une flèche rouge indique le sens de circulation de l'animal, dans l'ordre suivant.
Secteur nord
Le premier point daté du 11/05/2023 est localisé dans la partie nord de la carte, dans le département de l’Ain.
Été 2023
Deux localisations successives sont représentées :
24/06/2023 ;
26/07/2023.
Les points sont situés plus au sud que la localisation de mai.
Août 2023
La localisation du 11/08/2023 apparaît à l’est de l’axe principal de déplacement, à proximité de Chambéry.
Novembre 2023
La date 11/11/2023 est associée à un point situé plus au sud, dans le secteur situé entre Chambéry et Grenoble.
Janvier 2024
La date 31/01/2024 correspond à une localisation située beaucoup plus au sud, à proximité de La Mure.
Mars 2024
La dernière localisation est datée du 13/03/2024, située à proximité du Bourg-d’Oisans et intitulée : Collision. Elle est accompagnée d’un symbole de tête de mort noir et blanc.
Mentions techniques
Dans la partie inférieure droite figurent les mentions :
« Source des données : Réseau Loup-lynx » ;
« Fond cartographique : OSM Standard ; TCD 2021 (10m) - Copernicus ; ESRI World Hillshade » ;
« Système de coordonnées : EPSG 2154 » ;
« Réalisation : OFB, juin 2026 ».
Deux logos sont visibles dans la partie inférieure droite : le logo de l’Office français de la biodiversité (OFB) ; le logo du réseau Loup-Lynx.
Une échelle graphique est située dans la partie inférieure gauche de la carte.
Synthèse
La carte présente sept localisations datées du lynx J2-2022-2014 entre mai 2023 et mars 2024. Les observations sont reliées par des flèches illustrant la succession des localisations depuis le département de l’Ain vers les secteurs de la Savoie et de l’Isère. La dernière localisation, datée du 13 mars 2024 près du Bourg-d’Oisans, est signalée comme une collision."
Les collisions routières sont un facteur important affectant le taux de survie du lynx en France (réseau Loup-Lynx)
Statut juridique
Étant donné son statut de conservation documenté à plusieurs échelles géographiques, le lynx boréal est une espèce protégée au niveau supranational et français, depuis les années 1990. Le dernier texte en vigueur est un arrêté du 23 avril 2007. Toute destruction illégale est passible de 36 mois d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende.
Pour autant, cette protection peut faire l’objet de dérogations à titre exceptionnel, sous conditions (en cas de dommages importants à l’élevage, en l’absence d’autre solution satisfaisante et si les dérogations ne nuisent pas au maintien des populations dans un état de conservation favorable).
En qualité d’Inspecteur de l’environnement, les agents de l’OFB veillent au respect de cette réglementation. Ils enquêtent notamment à chaque fois qu’un lynx est retrouvé mort afin de déterminer la cause de la mort et d’identifier les personnes impliquées, lorsqu’un acte de braconnage est avéré.
Sélection de textes
- Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) (1973)
- Convention de Berne (1979), ratifiée par la France en 1990.
- Directive Habitat faune flore (1992), ratifiée par la France en 1994.
- L.411-1 du Code de l’environnement
- Arrêté du 23 avril 2007
- Alinéa 4 de l’article L.411-2 du Code de l’environnement.
Le réseau Loup-Lynx assure le suivi des populations
Il assure le suivi de la population de loups et de lynx en France. Il vise à obtenir des informations scientifiques fiables et robustes concernant la distribution du lynx sur le territoire, ainsi que son évolution. Ces données permettent d’éclairer la décision publique en matière de conservation et de gestion de cette espèce protégée. Des bulletins d’information font le bilan des derniers suivis.
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Lynx flash info 2026 n°13. Bilan annuel du suivi de l'aire de présence du Lynx boréal en France 2024/2025
- Lynx flash info - Lettre d'information du réseau Loup-lynx
Le Lynx boréal fait l’objet d’un suivi national visant à évaluer son état de conservation. Ce bilan des exercices 2024 et 2025 précise les évolutions de l'aire de présence de l'espèce en France, ainsi que les caractéristiques des mortalités observées.
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Réseau Loup-lynx
- Connaissances, données & diagnostics
- Contrôle & règlementation
Le réseau assure la surveillance de la population de loups et de lynx en France. Il vise à obtenir des informations scientifiques fiables et robustes concernant la répartition et les densités sur le territoire, ainsi que leurs évolutions.
Le Plan national d’actions en faveur du Lynx boréal
Le Plan national d'actions (PNA) 2022-2026 a pour objectif de « Rétablir le Lynx dans un état de conservation favorable en France ».
Ce premier PNA défini pour 5 ans a été élaboré avec l’ensemble des partenaires concernés par l’espèce, sous la coordination de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Bourgogne-Franche-Comté appuyée par l’OFB sur les aspects techniques.
Historique
En août 2018, le ministre en charge de la Nature a mandaté le préfet de Bourgogne-Franche-Comté pour coordonner un plan national d’actions en faveur du Lynx (PNA). La coordination a été confiée à la Dreal BFC et la rédaction en a été confiée par l’État à l’OFB, qui assure le suivi de l’espèce sur le territoire français.
Ce PNA a pour objectif de rétablir le Lynx boréal dans un état de conservation favorable en France, en agissant sur les menaces directes pesant sur la conservation et le bon développement des populations (collisions, destructions illégales, manque de connectivité entre les populations, etc.), en renforçant le suivi des populations, en travaillant à une meilleure acceptation de l’espèce par le monde cynégétique, à une meilleure coexistence avec les activités d’élevage, en améliorant les connaissances sur l’espèce, et en menant des campagnes d’information et de sensibilisation auprès des différents publics.
En 2016, le Croc (Centre de recherche et d’observation sur les carnivores) avait initié le programme Lynx pour le massif des Vosges, une démarche participative, concertée et partagée avec les acteurs du territoire. Ce programme est devenu en 2020 un plan régional d’actions (PRA) placé sous la responsabilité de la Dreal Grand-Est et animé par le Croc. L’OFB et les Dreal concernées ont travaillé ensemble avec le Croc afin de veiller à la bonne cohérence des objectifs et des actions entre les niveaux régionaux et le niveau national.
Après la prise en compte des différentes initiatives existantes en faveur de la conservation et de la connaissance de l’espèce, ainsi que plusieurs groupes de travail en 2019 et 2020, le premier PNA vient d'être lancé début 2022 pour une durée de 5 ans.
Une expertise collective sur les conditions de viabilité du Lynx boréal en France
Cette expertise publiée en décembre 2024, mandatée par le ministre en charge de l’écologie auprès de l’OFB et du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), correspond à l’une des actions prévues dans le PNA Lynx. Elle vise à expertiser les conditions de viabilité de la population de lynx française et à étudier l’opportunité et les conditions d’un éventuel renforcement de population, comme prévu par l’action 2.1 du Plan national d’actions en faveur du Lynx boréal.
- Isabelle Arpin, Francois Sarrazin, Guillaume Bal, Nolwenn Drouet-Hoguet, Richard Dumez, et al.. Expertise scientifique collective sur la viabilité des populations de lynx boréal en France. Rapport final. OFB; MNHN. 2024, 242 p.
- Isabelle Arpin, Francois Sarrazin, Guillaume Bal, Nolwenn Drouet-Hoguet, Richard Dumez, et al.. Étude portant sur les conditions de réussite préalables à la décision de recours à une opération de renforcement de population du lynx boréal en France. Rapport final. OFB; MNHN. 2024, 91 p.
Notice
- Date d’édition : juin 2020
- Structure(s) autrice(s) : Réseau Loup-Lynx, Office français de la biodiversité (OFB)
- Editeur(s) : Office français de la biodiversité (OFB)
Aller plus loin
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Lynx boréal, un félin discret
- Connaissances, données & diagnostics
- Espèces
Le lynx boréal, seul grand félin sauvage présent en France métropolitaine, est une espèce menacée et strictement protégée en Europe. La sauvegarde de cette espèce revêt un enjeu fort pour la préservation de la biodiversité en France.
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Expertise scientifique collective sur la viabilité des populations de lynx boréal en France
- Ouvrage
- Rapport d'étude & expertise
Le Lynx boréal est une espèce protégée et menacée d'extinction bénéficiant de mesures de protections. Sur demande du ministère en charge l'écologie, le MNHN et l’OFB ont piloté cette expertise scientifique collective portant sur la viabilité à terme du lynx boréal en France et l’impact potentiel d’un renforcement. Les travaux identifient des obstacles à la conservation de la population française et européenne occidentale, et indique des recommandations concrètes d'action.
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Réseau Loup-lynx
- Connaissances, données & diagnostics
- Contrôle & règlementation
Le réseau assure la surveillance de la population de loups et de lynx en France. Il vise à obtenir des informations scientifiques fiables et robustes concernant la répartition et les densités sur le territoire, ainsi que leurs évolutions.
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